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Chapitre 2
 
A pied d’œuvre !
 
Octobre 1971 : après mes études secondaires, après dix ans de philosophie, de théologie et de stages divers, jeune prêtre, ordonné en 1969, j’arrive enfin, aux Rois Mages, une paroisse qui recouvre un vaste quartier de Libreville : Akébé. Environ 40 000 habitants. On parle volontiers des Etats-Unis d’Akébé !
C’est alors une paroisse toute nouvelle, encore peu organisée. Le responsable, le Père Fernand Legagneur vient de passer beaucoup de temps et de consacrer beaucoup d’énergie au sauvetage des enfants victimes de la guerre au Biafra. Beaucoup sont évacués sur un hôpital construit pour eux dans la banlieue de Libreville. Quantité d’enfants y sont arrivés entre la vie et la mort.
Aux Rois Mages, tout ou presque était à créer. Mais comme par hasard, il existait un comité JEC, et Fernand me demanda d’en être l’aumônier. Pas de problème ! Ce fut pour moi, le début d’une histoire qui n’est pas encore terminée, aujourd’hui, en l’an 2002 !
Je fais donc connaissance avec ce comité. Chaque semaine, une quinzaine de jeunes gens et de jeunes filles, de 18-20 ans, se retrouvent sur la terrasse de notre maison d’habitation. Cette terrasse sert aussi de lieu de réunion. Les trois premiers mois, je les regarde, je les écoute, cherchant à comprendre ce qui les anime. J’avoue que je ne comprends pas très bien... Ils récitent une prière au début, une prière à la fin, mais entre les deux, je ne vois pas ce qu’ils font : certains passent leur temps à lire des bandes dessinées, d’autres bavardent de tout et de rien...
Petit à petit, remarquant que le responsable est un garçon de bonne volonté, je lui propose : « Et si nous préparions ensemble ces réunions ? ». Et nous voilà embarqués dans la révision de vie : « Voir, Juger, Agir » devient le leitmotiv. Je ne résiste pas au plaisir de vous partager ici le premier résultat de cette nouvelle façon de faire.
Les jeunes de ce comité étudiaient presque tous au Lycée d’Etat voisin. Je résume donc une des toutes premières révisions de vie.

Voir
: durant la récréation, des lycéens se sont rués sur la cuvette de gâteaux qu’une femme vendait à l’entrée du lycée. Cela arrive souvent. Les femmes qui vendent les beignets ne peuvent rien faire face à une dizaine de jeunes...


Juger
: l’incorrection de ces jeunes pénalise ces femmes qui n’ont que cette seule ressource pour vivre... Facile de voir ce que le Christ en pense...


Agir
: on va voir le proviseur et lui demander de construire une barrière à l’entrée du lycée. Cette barrière, fermée durant la récréation, protégera les commerçantes. Le proviseur est d’accord. La barrière est construite.


Voilà comment une révision de vie débouche sur une action transformatrice. Tout le monde y gagne : les femmes qui vendent leurs beignets en toute tranquillité et les lycéens qui peuvent se rassasier.
 


Aimé Jacques et Céline faisaient partie de ce comité ...

Aimé Jacques  et Céline  30 ans de mariage.
Video   Envoyé par gerardw sur wat.tv



Une réflexion sur le VOIR  - JUGER  - AGIR  (en  septembre 2007)





Je vous disais qu’Akébé est un vaste quartier. Il faut dire aussi que la jeunesse gabonaise est très nombreuse. Le seul lycée technique de Libreville comptait 6000 élèves dans les années 80. En 1991, quand j’ai quitté Akébé, j’y ai laissé onze comités JEC. Entre 1971 et 1991, nous sommes donc passés de un à onze comités, ce qui n’est pas beaucoup en vingt ans, compte tenu de la foule des lycéens et collégiens, sans oublier les universitaires. Mais onze comités, avec douze jécistes par comité, en moyenne, c’est beaucoup pour un seul aumônier... Au cours des premières années, je pouvais être membre à part entière d’un comité. Je participais à la révision de vie et à toute la réunion. Mais par la suite, la semaine n’ayant que sept jours, plusieurs comités ont dû se passer de la présence active d’un aumônier. J’essayais de passer, de faire un tour !
Plus ou moins présent dans les comités de base de ma paroisse, je me suis retrouvé, de plus, aumônier national de la JEC gabonaise de 1975 à 1991. Durant toutes ces années, le mercredi soir, j’ai participé à la réunion du Bureau National qui anime toute la JEC du Gabon : il existe des comités à travers tout le pays, dans le secondaire et à l’université. Chaque année, le Bureau National prévoit une Campagne d’Année : thème de réflexion et d’action proposé à tout le mouvement. Un Conseil National se tient tous les deux ans : les délégués des différents comités font le point, se donnent des orientations, élisent un responsable national. Pour mieux saisir les préoccupations qui étaient alors les nôtres, vous trouverez, à la fin de cette première partie, un extrait du Rapport Final du Conseil National que la JEC Gabonaise avait tenu en juillet 1989 : le Rapport Moral de la présidente sortante, Georgette Ngabolo.
La JEC existe dans une quarantaine de pays en Afrique, et dans une centaine de pays à travers le monde. Avec les responsables nationaux de la JEC Gabonaise, j’ai eu la chance de participer à des rencontres panafricaines (Yaoundé 1978 ; Nairobi 1984 ; Namur 1986) et à des rencontres mondiales (Valladolid 1978 ; Montréal 1982 ; Bruxelles 1986).
 

 
1986, les responsables féminines des JEC africaines à Bruxelles
 
 
La chance, car se retrouver durant un mois avec quelque 300 personnes venues du monde entier, c’est passionnant. Pendant que le Québécois et le Catalan se montrent préoccupés par des problèmes politiques…, le jeune venu de l’Inde est attentif au dialogue intereligieux, tandis que le jeune brésilien et le jeune paraguayen ont peur de rentrer au pays où la répression sévit…
 
1991, changement de décor : retour en France. J’étais revenu pour six mois, mais j’y suis encore ! J’y ai tout de suite retrouvé une dizaine de jécistes, gabonais évidemment, mais aussi sénégalais, ivoiriens, camerounais, centrAfricains, ougandais. Parmi eux, Georgette Ngabolo, étudiante en psychologie à Nice. C’est elle qui a eu l’idée, en 1991, de créer une amicale des anciens jécistes. Cette idée a finalement donné naissance à deux réalités : l’Association des Jécistes Africains en France (AJAF) et le Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (RAJA).
L’AJAF : des anciens jécistes venus continuer leurs études en France, se sont aperçus un jour qu’ils n’étaient pas des « anciens » jécistes, mais qu’ils étaient plutôt des jécistes Africains en France. Je suis avec eux, comme aumônier, depuis 1991.
 

 

Avec  l’AJAF
 
Le RAJA : tandis que certains étudiants se proposaient de poursuivre leurs engagements de jécistes, en France, d’autres, en Afrique, entrés dans la vie active, approuvent l’idée de Georgette. Avec Lazare Animako, lui aussi, en France, non pas pour des études, mais comme Secrétaire Général de la JEC Internationale, avec tous ceux qui, à travers une dizaine de pays en Afrique, ont manifesté le désir de garder leur idéal après avoir quitté les bancs de l’université, nous avons donc mis sur pied un réseau des anciens jécistes d’Afrique. En 1997, à Bengerville, près d’Abidjan, nous avons tenu la première Assemblée Générale de ce Réseau.
 

 



Avec  le  RAJA
 
 
 
 
Un film sur la première Assemblée Générale du RAJA
 
 
 
Une deuxième Assemblée Générale s’est tenue à Yaoundé en 1999, et la prochaine devrait avoir lieu en 2002.
 
 
 
Voilà donc, le plus rapidement possible et à gros traits, mon parcours.
 
Je voudrais maintenant tenter de vous dire ce que la JEC m’a apporté. Evidemment, la JEC n’offre pas quelque chose de tout cuit sur un plateau. C’est plutôt un idéal que l’on s’efforce d’atteindre. Mais le fait de se retrouver chaque semaine pour « faire révision de vie » peut aider à avancer sur la route choisie.
 
 

Réunis pour la Révision de vie, à Akébé
 

Au cours de mes premières années à Akébé, disons tant qu’il n’y avait que quatre ou cinq comités, je faisais réellement partie de ces comités. Je pouvais participer à leur vie. En France, avec un seul groupe, l’AJAF, depuis dix ans, il m’est possible également de prendre part à la vie du groupe, même si en France, nous rencontrons un autre inconvénient. Les membres de l’Association résident un peu partout à travers le pays. Il n’est pas question de se retrouver chaque semaine : les déplacements sont longs et coûtent cher ! Alors, dans la mesure où j’ai pu participer réellement à la vie de tel ou tel comité, je dirais que la JEC m’a appris à avancer sur quatre points :
 
            Vivre ensemble, toujours mieux...
            Faire l’unité en soi même
            Un Royaume à construire
            Une façon de s’organiser en Eglise

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Chapitre 3
 
Vivre ensemble, toujours mieux.
 
Faire partie d’un comité d’une dizaine de personnes qui se retrouvent chaque semaine, c’est être amené à partager chaque fois un peu plus. On se connaît de mieux en mieux, on aborde plus facilement des questions plus personnelles, à condition bien sûr de jouer le jeu de la révision de vie.
Se retrouver pour papoter ne suffit pas ! Un exemple : des universitaires qui habitaient tous Akébé avaient décidé de créer un comité « JEC-U (universitaire) - Quartier », ne voyant pas pourquoi il leur faudrait rejoindre chaque semaine le comité « JEC-U campus ». Ce nouveau comité bien sympathique se réunissait le dimanche après-midi, et chaque fois, une des filles prenait le relais pour confectionner et amener un gâteau. Mais ce comité n’a pas duré longtemps : le dimanche après-midi convient plutôt à la détente, et le gâteau n’arrangeait pas les choses. Prendre le temps de partager sur ce que l’on a vécu durant la semaine écoulée, c’est un peu plus exigeant. Le « Comité - gâteau » n’a pas vécu longtemps !

C’est exigeant mais aussi très enrichissant. Le Gabon n’est pas un grand pays mais il y a tout de même une quarantaine de langues, et donc un certain nombre de cultures plus ou moins différentes. Réunis autour d’une table, en comité, les jécistes d’un comité, à Libreville, représentaient non seulement plusieurs établissements scolaires mais aussi plusieurs régions du pays. En France, l’AJAF réunit des étudiants de plusieurs pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Ouganda, Gabon, Rwanda, République Démocratique du Congo, etc... Vivre ensemble, c’est déjà écouter et chercher à comprendre ce qui se passe dans un autre établissement scolaire, dans une autre région du pays, dans un autre pays plus ou moins voisin. Entre Dakar et Libreville, il y a environ 3500 kilomètres à vol d’oiseau. (Il y en a environ 2500 entre Paris et Moscou).


Mais faire partie d’un comité, c’est surtout partager les joies et les peines, les progrès et les difficultés, les soucis divers et variés... Voilà deux ou trois semaines qu’Anatole (c’est son nom !) ne fait plus surface. Ce jeudi, je le vois arriver, et sur un ton sans doute proche de la remontrance, je lui fais remarquer que les absences répétées ne sont pas un signe d’engagement forcené... A son tour, il me rétorque sur un ton plutôt cassant que son oncle est décédé, ce qui explique ses absences. Ce jour-là, je me suis rappelé qu’il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler !
Pour continuer à être concret, je voudrais vous rapporter ici le sujet d’une révision de vie, et surtout les circonstances qui nous y ont amenés. C’est un exemple parmi tant d’autres pour vous montrer comment la JEC m’a appris à « vivre avec ».

N. avait une quinzaine d’années. Elle devait être en 3ème ou en seconde, au Collège Evangélique de Melen (banlieue de Libreville). Ses parents faisaient partie de la Communauté chrétienne de Derrière le Centre Social, devenue par la suite, Communauté Sainte Thérèse. Un matin, son père arrive chez moi, l’air vraiment inquiet. « Voilà quatre jours que N. a disparu ». Sa mère va chaque matin à la gare des bus scolaires, à l’époque, à La Peyrie, en espérant voir N. prendre le bus qui doit l’amener au collège. C’est peine perdue. Que faire ?
Je propose à son père d’aller faire un tour au collège en question. Sur place, l’idée me vient de demander au proviseur l’autorisation de parler aux élèves de la classe de N. Voilà de l’œcuménisme sur le terrain ! Autorisation accordée. Le professeur me laisse volontiers prendre sa place. J’explique aux élèves la situation et l’inquiétude des parents, et je leur demande si par hasard, ils n’ont pas une petite idée sur ce qu’est devenue leur camarade
Je remarque alors parmi les élèves une jéciste du Comité « Akébé - ville » qui me regarde avec insistance et qui hésite à lever la main. Je l’encourage :
- Oui, H., tu sais où elle se trouve ?
- Je crois qu’elle est chez son Jo, à Akébé Poteaux.
Le professeur intervient alors : « H., va le conduire là-bas. »
Effectivement, N. était bien chez « son Jo ». On dit aujourd’hui « petit ami »... Tout est bien qui finit bien. Plus de peur que de mal !

L’après-midi du même jour, je retrouve H. à la réunion du Comité d’Akébé-Ville. Révision de vie. Tour de table : chacun raconte un événement qu’il a vécu durant la semaine. H. nous raconte une bagarre qu’elle a vue, au marché, à propos d’un régime de bananes. Je n’ai pas pu m’empêcher de raconter l’histoire que nous avions vécu le matin même. Et c’est cette fugue qui a retenu l’attention de tous. Nous avons passé l’après-midi à essayer de réfléchir en chrétien sur cet événement.
J’ai demandé à H. pourquoi elle avait retenu une bagarre au marché plutôt que la fugue de N. Réponse : « On ne parle pas de ces choses-là en réunion ! ». Peut-être, mais plus nous nous connaissons, plus nous pouvons parler ensemble de ce qui fait le cœur de notre vie.

En France aujourd’hui, avec des étudiants, avec ceux qui sont en train de terminer leurs études et même avec ceux qui les ont terminées, une vraie question retient souvent notre attention : « Faut-il retourner au pays ? Ne serait-il pas mieux de rester ici ? ». Quand on connaît les difficultés de toutes sortes qui vous attendent au pays... la réponse n’est pas si simple. Ceci pour dire que les sujets de révision de vie ne manquent pas !


« Vivre avec », ici en France, c’est partager des joies, des soucis et des souffrances toujours compliqués du fait de la séparation d’avec la famille qui se trouve à des milliers de kilomètres. Vous êtes ici, votre jeune frère meurt au pays (à Abidjan)... Vous êtes ici, vous êtes camerounais, vous mourrez d’un cancer à l’âge de vingt-cinq ans, après une année de souffrances dans plusieurs hôpitaux parisiens... Patou habitait à Montrouge. Gabonais, membre de l’AJAF, il avait une cousine étudiante à Amiens. Je connais les parents de cette cousine. Ils se sont mariés aux Rois Mages. Lui, protestant, elle catholique, nous avons célébré le mariage religieux, de concert avec un pasteur de l’Eglise protestante. L’étudiante meurt à Amiens. Son père fait le voyage Libreville - Amiens. Le corps sera rapatrié sur le Gabon. Le retour est pour demain. Aujourd’hui, c’est Noël. Avec le papa, avec quelques amis de l’AJAF et d’autres, nous célébrons une messe le soir de Noël... Ce sont des Noël dont on se souvient !


Il faudrait aussi parler des mariages et des naissances. Plus la famille est loin, plus l’AJAF prend alors une autre dimension. L’Eglise - famille dont parle le Synode africain n’est pas un mot en l’air. En tout cas, je peux affirmer, en ce qui me concerne, que la JEC est devenue comme une seconde famille.


Un exemple encore, toujours en France. Je me souviens d’un été où nous avions vécu, en quelques jours, deux événements marquants. Pendant qu’elle se trouvait à Montréal, le père d’Angèle est décédé. Elle n’a pu revenir à temps pour l’enterrement. A quatre ou cinq, nous y sommes partis, dans le nord de la France, et nous sommes rentrés le jour même à Chevilly (banlieue de Paris), où le lendemain, nous étions tous présents pour le mariage de Didier et de Léa. Léa venait de Libreville et Didier arrivait de Québec. Ils avaient tenu à ce que je préside leur mariage religieux. Il faut dire que je connais Didier depuis 1973, quand il était petit Cœur Vaillant dans l’équipe des Aigles, au Pont d’Akébé. Comme le dit Georgette, qui était, elle, dans l’équipe voisine, l’équipe de la Gaieté : « nous avons grandi ensemble ». Passer de l’enterrement au mariage, et le lendemain, accueillir Angèle à Roissy, voilà encore des journées difficiles à oublier !
 
 

 
Didier et Léa
 
 
Les décès, les naissances, les mariages sont des événements qui marquent les membres de la famille. Plus prosaïquement, j’ajouterai que, au Gabon, à partir de 1973, j’allais en vacances dans les villages du Woleu-Ntem, chez les grands-parents de jécistes de Libreville.
                    
 
Difficile de vous décrire ici le goût des arachides grillées dans les cuisines des villages de cette région. Et les cannes à sucre que les mamans ramènent des plantations : en fin d’après-midi, c’est chaque jour le festival de cannes ! Traverser le Ntem à la nage, à Eboro, à la frontière Gabon - Cameroun, tomber en panne de voiture et attendre les secours toute une après-midi, en buvant le vin de palme avec le douanier, s’arrêter chez les uns et les autres, dans tous les villages, contempler le pont de Bollenzock, devenu infranchissable : impossible d’énumérer quantité de souvenirs de ces vacances en famille !
 
 
Le pont de Bollenzock
 
C’est la même grande famille JEC que je retrouve ici en France où j’ai la joie de rencontrer de temps en temps, les uns et les autres, chez eux. Vous n’imaginez pas comme le ndole est bon à Maubeuge, le poisson salé à Tours, le nkumu à Montpellier, les feuilles de manioc à Lyon, le poulet aux arachides à Cherbourg, le cochon de Mendouma Essangui à Toulouse, le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy), ou la Régab à Saint Etienne !

 
La Régab à Saint Etienne
 
 
 
 
Le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy)
 
 
Avec ces nourritures terrestres, les nourritures intellectuelles ne manquent pas non plus. Les uns et les autres sont plongés dans les sujets les plus divers. Ca va des maquettes réalisées par le futur architecte aux recherches sur la conservation des mangues et des haricots verts à Dakar, en passant par l’élaboration de l’image du corps à l’adolescence ou la prévention des conflits en Afrique, sans oublier la qualité de l’eau des nappes phréatiques en dessous d’Abidjan !
 
 
A Jussieu, sujets divers et variés. Ce jour là :
la conservation des mangues à Dakar
 
 
 
Il m’est arrivé, depuis 1991, de retourner en Côte d’Ivoire, au Cameroun et bien entendu au Gabon. C’est encore en famille que je me retrouve alors : j’habite chez Lazare et chez Innocent à Brindoukrou ou à Abidjan, chez Solange et Marcel à Yaoundé, chez Nestor et Chantal à Libreville. La vie n’est certainement pas un long fleuve tranquille mais il y a tout de même de bons moments !
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Chapitre 4
 

Faire l’unité en soi-même
 

Ce n’est jamais acquis, mais c’est une des choses que la JEC m’a apporté : faire un peu mieux chaque jour, l’unité entre la vie et la foi. Je disais plus haut : plus nous nous connaissons, plus nous pouvons parler ensemble de ce qui fait le cœur de notre vie. Quand une équipe de jécistes se retrouve, c’est essentiellement pour faire révision de vie. Apparemment, rien de bien compliqué, il suffit de voir, juger, agir !



Voir
: c’est prendre le temps de faire un petit tour en arrière et de regarder les événements que j’ai vécus ces derniers temps, les rencontres que j’ai pu faire, les situations dans lesquelles je me suis trouvé. Chacun raconte aux autres quelque chose qui lui est arrivé, ou dont il a été témoin. Il vaut mieux ne pas être trop nombreux ! Heureusement, certains sont plus timides et n’osent pas trop parler, d’autres n’ont jamais rien vu, soit parce que l’on finit par s’habituer à tout et l’on ne remarque plus rien, soit parce que l’on sait qu’il faudra agir...
Le tour de table terminé, il faut faire un choix : en un laps de temps assez court, il ne sera pas possible de tout revoir. Il faut obligatoirement se limiter. Il suffit de se mettre d’accord pour retenir un des faits rapportés et il ne reste plus alors qu’à chercher ensemble les causes et les conséquences de cet événement. Et peut-être connaissons-nous d’autres faits semblables.

Juger
: c’est prendre conscience du fait que le Christ n’est pas étranger à ce que nous sommes en train de vivre. Il est là : « j’avais faim et vous m’avez donné à manger... quand est-ce que nous t’avons vu... ? » (Matthieu 25). Le Christ est là. En relisant l’évangile, nous découvrons que ses paroles, que ses faits et gestes nous invitent à prendre à notre tour, telle ou telle attitude. Il ne s’agit donc pas de porter un jugement moral, de juger si c’est bien ou si c’est mal. Un enfant de 7 ans peut souvent le faire, tout seul, sans se retrouver avec d’autres... Il s’agit de se demander : et le Christ, que dirait-t-il ? que ferait-il ? Dans l’évangile, c’est souvent le monde à l’envers...


Agir
: il faudra sans doute prendre son courage à deux mains pour intervenir au bon endroit (d’où la nécessité de chercher les causes), de façon à ce que le Règne de Dieu grandisse : règne de liberté, de justice, de paix, d’amour. Ici, la parabole des talents est toujours un bon stimulant.



En pratiquant la révision de vie, presque chaque après-midi, des années durant, je peux dire que la JEC m’a appris à faire chaque jour un peu mieux l’unité entre ma vie et ma foi. Rien n’est jamais parfait, mais c’est au moins la route sur laquelle j’essaye de marcher. La phrase du Christ que je répète le plus souvent : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10,10) brille pour moi comme un phare, surtout quand il fait nuit noire.


Il n’est pas toujours facile de discerner la volonté de Dieu, de voir ce qu’il y a de mieux à faire pour que son règne vienne. Agir pour que la vie triomphe pose quelquefois question. D’où l’intérêt de faire révision de vie à plusieurs. C’est le même Esprit de Dieu qui anime chacun des participants, mais chacun est aussi à même de dire un mot en fonction de son âge, de son origine, de son éducation, bref de sa personnalité. Quand le Christ nous dit : « Vous êtes la lumière du monde », chacun apporte sa part d’éclairage en apportant ses richesses propres.


La révision de vie peut porter sur des sujets qui vont paraître anodins. Elle peut aussi porter sur d’autres sujets plus tragiques. Il ne faut pourtant pas négliger les petites choses de la vie. Un jour, je vais rendre visite à un nouveau comité qui n’avait pas d’aumônier. C’était au Lycée Technique de Libreville. Des internes avaient décidé de constituer un comité. La réunion était commencée. Première étape : Voir. Personne n’avait rien vu ! Je n’ai pas eu de mal à leur faire remarquer qu’ils étaient en train de faire réunion dans une salle de classe où l’on ne voyait presque plus le sol tellement il était recouvert de papiers ! J’ai oublié la suite !


Plus compliqué : en 1991, je me suis retrouvé en France, éjecté de la paroisse des Rois Mages où je venais de passer vingt ans. Ejecté « ane mvu » ont dit des fangs. Je croise un ami spiritain dans un couloir. Il venait d’apprendre ce qui m’était arrivé et me dit avec un petit sourire : « C’est la volonté de Dieu ». Quelques instants après, je rapporte cette réflexion à un ami gabonais qui était avec moi. Et celui-ci de rétorquer : « on a un peu forcé la main de Dieu ! » Pas toujours facile d’y voir clair...


Avec l’AJAF, chaque année, lors d’un week-end de récollection (temps de réflexion et de prière), nous faisons aussi, en quelque sorte, une révision de vie. Chacun fait part aux autres de ses projets, de ses joies, de ses difficultés. Nous nous connaissons suffisamment pour parler de nos préoccupations personnelles et plusieurs ont du mal à retenir leurs larmes quand ils évoquent leurs problèmes. Mais en général, il se trouve toujours quelqu’un pour rappeler alors certains conseils évangéliques qui sont à la fois des réconforts et des points de repère pour continuer la route.


C’est donc au cœur de nos relations que nous rencontrons le Christ. C’est sa parole qui nous éclaire, et c’est dans les rencontres, dans les événements que nous vivons, qu’il nous appelle à participer à la construction du Royaume de Dieu, qu’il a lui-même commencée voici quelques deux milles ans.
A Libreville, au Voir, Juger, Agir, nous avions ajouté « Célébrer ». Voir, Juger, Agir, Célébrer. 


Cliquez sur : La JEC marque un pas nouveau ...


Dans les années 70 - 80 un chant revenait souvent au cours de nos célébrations : « Tu es là au cœur de nos vies, et c’est toi qui nous fais vivre; tu es là au cœur de nos vies, bien vivant, o Jésus Christ ».

Dans la révision de vie, comme dans la célébration de l’eucharistie, la parole de Dieu tient une grande place : pas de révision de vie sans Nouveau Testament à portée de la main, et pas de messe sans liturgie de la Parole. Au bout du compte, on finit par ressembler un peu à Marie, la sœur de Marthe et de Lazare : on a plaisir à écouter le Christ.

A tout instant, l’une ou l’autre de ses paroles se vérifie dans le concret de la vie. A chaque révision de vie, avec un peu d’habitude, il est assez facile de trouver l’une ou l’autre attitude, l’une ou l’autre parole du Christ qui sera encouragement, apaisement, incitation, etc. Bien sûr, le monde voulu par le Christ est le plus souvent exactement le contraire de celui dans lequel nous évoluons. Le suivre, ce sera « prendre sa croix », « prendre la route étroite, et il en est peu qui la prennent » (Matthieu 7,13). Mais en même temps, au détour du chemin, on entendra aussi « n’ayez pas peur » ou bien « mon fardeau est léger ».


La célébration de l’eucharistie ne s’arrête pas à la proclamation de la Bonne Nouvelle. Dans un deuxième temps, nous offrons notre vie au Père, avec le Christ qui est allé, lui, jusqu’à donner sa vie sur la croix. Il continue, et nous continuons avec lui, à offrir au Père, poussés par l’Esprit, le meilleur de nous-mêmes, et le meilleur de ce que nous avons pu réaliser dans le concret de notre vie.
 

A Paris
 
 
 
A Nairobi
 
A Akébé, le dimanche, la messe de 10 heures était animée par les jeunes. Chaque dimanche, un comité JEC ou JOC, avec une équipe de CV-AV, préparait la prière universelle, comme dans toutes les églises. Mais chaque dimanche, ils présentaient également, avec le pain et le vin, une « action transformatrice », c’est-à-dire une action réalisée à la suite d’une révision de vie, dans la droite ligne de l’« agir ».
Il existait un comité qui n’était pas un comité tout à fait classique. C’était plutôt une bande de copains, pas tous étudiants, assez âgés par rapport à la moyenne des jécistes... Ils s’étaient baptisés : « Comité Gérard », par sympathie envers l’auteur de ces quelques lignes ! Arrive leur tour pour l’animation de la messe de 10 heures. Avec un peu d’ironie, je leur explique comment ça se passe les autres dimanches, en leur proposant de demander à un autre comité de les remplacer, eux qui ne sont pas des piliers d’église, qui ne font pas souvent de révision de vie, et qui n’ont sans doute pas d’ « action transformatrice » à offrir... J’ai droit alors à une sévère réprimande : « Comment ? Et quand on a éteint l’incendie avant-hier... la case d’une grand-mère commençait à brûler. On lui a sauvé toutes ses affaires... C’est vous qui n’étiez pas là. On sera à la messe dimanche. Et on a quelque chose à offrir ! ».

Plus récemment, en 2000, à Paris, alors que Serge, le secrétaire de l’AJAF, n’en finissait pas de lutter contre la maladie, quelques semaines avant son décès, nous avons pu célébrer en petit comité, avec lui et avec sa mère qui était venue du Cameroun, une messe où nous étions plus près de la croix que du matin de Pâques. Mais la lecture du passage où Jésus se transfigure devant trois de ses apôtres nous a rappelé qu’il n’est pas question de dresser trois tentes tout de suite. Comme Jésus, nous avons tous un mystérieux passage à effectuer, et la perspective de la mort, même suivie de la résurrection, reste une perspective peu réjouissante, surtout quand elle se vit dans la souffrance. On se sent alors tout petit, les mots n’ont plus grand sens, et la simple présence vaut peut-être mieux que bien des discours.
 

 Serge Boris Tchokomani Djomani
Décédé à Paris le 17 avril 2000

C’est sans doute pour cela que le Christ a voulu rester avec nous sous une forme plutôt mystérieuse. Ici encore on peut parler de mystère : comment le Christ peut-il rester avec nous sous forme de nourriture ? C’est pourtant comme cela aussi qu’il se donne à nous. Il est notre force sur cette route qui conduit au Père.

Voir, juger, agir, célébrer : je pourrais écrire encore quelques pages sur ce thème, mais je m’arrêterai là en répétant que ces quatre verbes mis ensemble sont pour moi un cadeau précieux de la JEC. Et derrière ces quatre verbes, je retrouve l’histoire des disciples d’Emmaüs : le Christ chemine avec eux comme il chemine avec nous. Mais il est aujourd’hui encore comme Monsieur tout le monde. La plupart du temps, on ne le voit pas. Il faut lire les Ecritures... Il nous les explique, aujourd’hui même : « lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière » (Jean 16,13) ; «  il vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jean 14,26). Nos cœurs sont alors brûlants... Et c’est à la fraction du pain qu’on finit par le reconnaître.


Notez qu’avec les disciples d’Emmaüs, Jésus n’est pas habillé en prêtre, il ne fait pas la fraction du pain dans une église, il ne se trouve pas à l’autel... En 2000 ans, nous en avons inventé des choses ! Nous aident-elles vraiment à rencontrer le Christ dans notre quotidien ? Ne sont-elles pas souvent un écran à ce qui devrait être une bonne nouvelle dans notre vie de tous les jours ? Les « communion privée », « communion solennelle », « première communion » n’ont pas toujours un rapport très évident avec la communion entre frères et sœurs… Ne parlons pas des retours en arrière. L’épître aux Hébreux est vite oubliée et l’Ancienne Alliance revient à la surface : l’ancien prêtre, celui qu’on retrouve dans la plupart des religions, ce prêtre « sacré » n’est jamais tout à fait mort !


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