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1 septembre 2006 5 01 /09 /septembre /2006 10:55
Chapitre 3

 
Vivre ensemble, toujours mieux

 
Faire partie d’un comité d’une dizaine de personnes qui se retrouvent chaque semaine, c’est être amené à partager chaque fois un peu plus. On se connaît de mieux en mieux, on aborde plus facilement des questions plus personnelles, à condition bien sûr de jouer le jeu de la révision de vie.
Se retrouver pour papoter ne suffit pas ! Un exemple : des universitaires qui habitaient tous Akébé avaient décidé de créer un comité « JEC-U (universitaire) - Quartier », ne voyant pas pourquoi il leur faudrait rejoindre chaque semaine le comité « JEC-U campus ». Ce nouveau comité bien sympathique se réunissait le dimanche après-midi, et chaque fois, une des filles prenait le relais pour confectionner et amener un gâteau. Mais ce comité n’a pas duré longtemps : le dimanche après-midi convient plutôt à la détente, et le gâteau n’arrangeait pas les choses. Prendre le temps de partager sur ce que l’on a vécu durant la semaine écoulée, c’est un peu plus exigeant. Le « Comité - gâteau » n’a pas vécu longtemps !

C’est exigeant mais aussi très enrichissant. Le Gabon n’est pas un grand pays mais il y a tout de même une quarantaine de langues, et donc un certain nombre de cultures plus ou moins différentes. Réunis autour d’une table, en comité, les jécistes d’un comité, à Libreville, représentaient non seulement plusieurs établissements scolaires mais aussi plusieurs régions du pays.

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En France, l’AJAF réunit des étudiants de plusieurs pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Ouganda, Gabon, Rwanda, République Démocratique du Congo, etc... Vivre ensemble, c’est déjà écouter et chercher à comprendre ce qui se passe dans un autre établissement scolaire, dans une autre région du pays, dans un autre pays plus ou moins voisin. Entre Dakar et Libreville, il y a environ 3500 kilomètres à vol d’oiseau. (Il y en a environ 2500 entre Paris et Moscou).

Mais faire partie d’un comité, c’est surtout partager les joies et les peines, les progrès et les difficultés, les soucis divers et variés... Voilà deux ou trois semaines qu’Anatole (c’est son nom !) ne fait plus surface. Ce jeudi, je le vois arriver, et sur un ton sans doute proche de la remontrance, je lui fais remarquer que les absences répétées ne sont pas un signe d’engagement forcené... A son tour, il me rétorque sur un ton plutôt cassant que son oncle est décédé, ce qui explique ses absences. Ce jour-là, je me suis rappelé qu’il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler !
Pour continuer à être concret, je voudrais vous rapporter ici le sujet d’une révision de vie, et surtout les circonstances qui nous y ont amenés. C’est un exemple parmi tant d’autres pour vous montrer comment la JEC m’a appris à « vivre avec ».

N. avait une quinzaine d’années. Elle devait être en 3ème ou en seconde, au Collège Evangélique de Melen (banlieue de Libreville). Ses parents faisaient partie de la Communauté chrétienne de Derrière le Centre Social, devenue par la suite, Communauté Sainte Thérèse. Un matin, son père arrive chez moi, l’air vraiment inquiet. « Voilà quatre jours que N. a disparu ». Sa mère va chaque matin à la gare des bus scolaires, à l’époque, à La Peyrie, en espérant voir N. prendre le bus qui doit l’amener au collège. C’est peine perdue. Que faire ?
Je propose à son père d’aller faire un tour au collège en question. Sur place, l’idée me vient de demander au proviseur l’autorisation de parler aux élèves de la classe de N. Voilà de l’œcuménisme sur le terrain ! Autorisation accordée. Le professeur me laisse volontiers prendre sa place. J’explique aux élèves la situation et l’inquiétude des parents, et je leur demande si par hasard, ils n’ont pas une petite idée sur ce qu’est devenue leur camarade
Je remarque alors parmi les élèves une jéciste du Comité « Akébé - ville » qui me regarde avec insistance et qui hésite à lever la main. Je l’encourage :
- Oui, H., tu sais où elle se trouve ?
- Je crois qu’elle est chez son Jo, à Akébé Poteaux.
Le professeur intervient alors : « H., va le conduire là-bas. »
Effectivement, N. était bien chez « son Jo ». On dit aujourd’hui « petit ami »... Tout est bien qui finit bien. Plus de peur que de mal !

L’après-midi du même jour, je retrouve H. à la réunion du Comité d’Akébé-Ville. Révision de vie. Tour de table : chacun raconte un événement qu’il a vécu durant la semaine. H. nous raconte une bagarre qu’elle a vue, au marché, à propos d’un régime de bananes. Je n’ai pas pu m’empêcher de raconter l’histoire que nous avions vécu le matin même. Et c’est cette fugue qui a retenu l’attention de tous. Nous avons passé l’après-midi à essayer de réfléchir en chrétien sur cet événement.
J’ai demandé à H. pourquoi elle avait retenu une bagarre au marché plutôt que la fugue de N. Réponse : « On ne parle pas de ces choses-là en réunion ! ». Peut-être, mais plus nous nous connaissons, plus nous pouvons parler ensemble de ce qui fait le cœur de notre vie.

En France aujourd’hui, avec des étudiants, avec ceux qui sont en train de terminer leurs études et même avec ceux qui les ont terminées, une vraie question retient souvent notre attention : « Faut-il retourner au pays ? Ne serait-il pas mieux de rester ici ? ». Quand on connaît les difficultés de toutes sortes qui vous attendent au pays... la réponse n’est pas si simple. Ceci pour dire que les sujets de révision de vie ne manquent pas !

« Vivre avec », ici en France, c’est partager des joies, des soucis et des souffrances toujours compliqués du fait de la séparation d’avec la famille qui se trouve à des milliers de kilomètres. Vous êtes ici, votre jeune frère meurt au pays (à Abidjan)... Vous êtes ici, vous êtes camerounais, vous mourrez d’un cancer à l’âge de vingt-cinq ans, après une année de souffrances dans plusieurs hôpitaux parisiens... Patou habitait à Montrouge. Gabonais, membre de l’AJAF, il avait une cousine étudiante à Amiens. Je connais les parents de cette cousine. Ils se sont mariés aux Rois Mages. Lui, protestant, elle catholique, nous avons célébré le mariage religieux, de concert avec un pasteur de l’Eglise protestante. L’étudiante meurt à Amiens. Son père fait le voyage Libreville - Amiens. Le corps sera rapatrié sur le Gabon. Le retour est pour demain. Aujourd’hui, c’est Noël. Avec le papa, avec quelques amis de l’AJAF et d’autres, nous célébrons une messe le soir de Noël... Ce sont des Noël dont on se souvient !

Il faudrait aussi parler des mariages et des naissances. Plus la famille est loin, plus l’AJAF prend alors une autre dimension. L’Eglise - famille dont parle le Synode africain n’est pas un mot en l’air. En tout cas, je peux affirmer, en ce qui me concerne, que la JEC est devenue comme une seconde famille.

Un exemple encore, toujours en France. Je me souviens d’un été où nous avions vécu, en quelques jours, deux événements marquants. Pendant qu’elle se trouvait à Montréal, le père d’Angèle est décédé. Elle n’a pu revenir à temps pour l’enterrement. A quatre ou cinq, nous y sommes partis, dans le nord de la France, et nous sommes rentrés le jour même à Chevilly (banlieue de Paris), où le lendemain, nous étions tous présents pour le mariage de Didier et de Léa. Léa venait de Libreville et Didier arrivait de Québec. Ils avaient tenu à ce que je préside leur mariage religieux. Il faut dire que je connais Didier depuis 1973, quand il était petit Cœur Vaillant dans l’équipe des Aigles, au Pont d’Akébé. Comme le dit Georgette, qui était, elle, dans l’équipe voisine, l’équipe de la Gaieté : « nous avons grandi ensemble ». Passer de l’enterrement au mariage, et le lendemain, accueillir Angèle à Roissy, voilà encore des journées difficiles à oublier !
 
 

 

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Didier et Léa
   

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Les décès, les naissances, les mariages sont des événements qui marquent les membres de la famille. Plus prosaïquement, j’ajouterai que, au Gabon, à partir de 1973, j’allais en vacances dans les villages du Woleu-Ntem, chez les grands-parents de jécistes de Libreville.
                    
 
Difficile de vous décrire ici le goût des arachides grillées dans les cuisines des villages de cette région. Et les cannes à sucre que les mamans ramènent des plantations : en fin d’après-midi, c’est chaque jour le festival de cannes ! Traverser le Ntem à la nage, à Eboro, à la frontière Gabon - Cameroun, tomber en panne de voiture et attendre les secours toute une après-midi, en buvant le vin de palme avec le douanier, s’arrêter chez les uns et les autres, dans tous les villages, contempler le pont de Bollenzock, devenu infranchissable : impossible d’énumérer quantité de souvenirs de ces vacances en famille !
 
 
Le pont de Bollenzock
 
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Vacances chez les grands parents
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C’est la même grande famille JEC que je retrouve ici en France où j’ai la joie de rencontrer de temps en temps, les uns et les autres, chez eux. Vous n’imaginez pas comme le ndole est bon à Maubeuge, le poisson salé à Tours, le nkumu à Montpellier, les feuilles de manioc à Lyon, le poulet aux arachides à Cherbourg, le cochon de Mendouma Essangui à Toulouse, le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy), ou la Régab à Saint Etienne !

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La Régab à Saint Etienne
 
 
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Le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy)
 
 
Avec ces nourritures terrestres, les nourritures intellectuelles ne manquent pas non plus. Les uns et les autres sont plongés dans les sujets les plus divers. Ca va des maquettes réalisées par le futur architecte aux recherches sur la conservation des mangues et des haricots verts à Dakar, en passant par l’élaboration de l’image du corps à l’adolescence ou la prévention des conflits en Afrique, sans oublier la qualité de l’eau des nappes phréatiques en dessous d’Abidjan !
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A Jussieu, sujets divers et variés. Ce jour là :
la conservation des mangues à Dakar
 
 
 
Il m’est arrivé, depuis 1991, de retourner en Côte d’Ivoire, au Cameroun et bien entendu au Gabon. C’est encore en famille que je me retrouve alors : j’habite chez Lazare et chez Innocent à Brindoukrou ou à Abidjan, chez Solange et Marcel à Yaoundé, chez Nestor et Chantal à Libreville. La vie n’est certainement pas un long fleuve tranquille mais il y a tout de même de bons moments !
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Vous pouvez envoyer vos commentaires à   gerardw@spiritains.org

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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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