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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 14:52
Chapitre 9
 
L’évangile au quotidien
 
Pour commencer, détendons-nous un peu avec ces deux anecdotes.

Un après-midi, j’étais présent dans un comité de jeunes qui faisaient une « révision de vie ». L’événement de la semaine qui avait retenu leur attention devait être l’exclusion du lycée d’un de leur camarade. Après avoir analysé la situation, ils en étaient à se poser la question que je résumerai de la façon suivante : « Qu’est-ce que le Christ pense d’une pareille affaire? » (JUGER)
Je remarquais alors un garçon, Armand, qui, loin de toutes ces préoccupations, était plongé dans une bande dessinée qu’il tenait plus ou moins cachée sur les genoux.
- « Armand, qu’est-ce que le Christ en pense...? »
Armand sursaute, mais me répond du tac au tac :
« Je ne connais pas la vie privée de Dieu !
- Justement, si tu lisais de temps en temps l’évangile, en plus des B.D., tu connaîtrais un peu la vie privée de Dieu... ! »
 
Un autre après-midi, je me trouvais alors dans mon bureau, en grande conversation avec quelqu’un, quand un jeune, membre d’un comité qui était en réunion dans une salle voisine, entre sans crier gare et me brandit un Nouveau Testament sous le nez en me disant : « Où est-ce qu’on parle de la « pompe » la-dedans? » (La « pompe », c’était la tricherie, dans le français de Libreville, à l’époque). Un peu surpris, je lui ai fait remarquer que je n’étais pas seul et que je les rejoindrai dès que j’en aurai terminé avec ce monsieur qu’il n’avait d’ailleurs pas pris la peine de saluer...
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Oui, le « père », l’aumônier, est supposé connaître l’évangile mieux que quiconque.
Plus grave : il fallait parfois, à cause de l’évangile, prendre des décisions pénibles. Tous les deux ans, la Jeunesse Etudiante Chrétienne organise un Conseil National. C’est l’occasion de voter. L’Eglise est quand même « quelque part », comme on dit aujourd’hui, un espace de liberté... Le responsable national, pour les deux années à venir, est en effet élu par les participants au Conseil. Le nouvel élu constitue alors son bureau qu’il présente à tout le monde avant la fin du Conseil.

En 1987, c’est une jeune fille qui est élue responsable nationale. Elle constitue son bureau, mais ... problème : la secrétaire présentée est obligée d’avouer qu’elle fréquente « Béthanie ». Béthanie est un groupe de chrétiens, catholiques et protestants, qui ont quitté leur Eglise pour en inventer une nouvelle. Groupe difficile à définir, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas très catholique ! Après concertation, les responsables et l’aumônier que je suis, demandent à cette future secrétaire de réfléchir et de choisir. On ne peut pas suivre deux lièvres à la fois : ou c’est la JEC ou c’est Béthanie... Quelques jours plus tard, elle n’arrive toujours pas à se décider mais elle propose pourtant un compromis : elle irait prier à Béthanie et elle travaillerait avec nous dans le cadre de la J.E.C.

Grande fut alors notre déception. Notre Voir, Juger, Agir, et nous avions ajouté Célébrer, n’avait pas été compris. Elle a fini par choisir : Béthanie l’a emporté. C’est plus facile de dire « Seigneur, Seigneur... », « Alleluia, Alleluia ! ». Evidemment, il est plus facile de dire que de faire. D’autant plus facile qu’à Béthanie, ils n’arrêtent pas de le chanter..., ce qui d’une certaine façon doit être plus agréable ! Quand on ne peut pas changer le monde, on change de monde... Sa décision nous avait attristés, mais nous ne pouvions pas renier notre foi. Le Christ fait l’unité de notre vie. Il est venu nous donner la vie en abondance. Jean 10,10 est devenu le « verset fétiche » des jécistes, comme me le disait l’un d’entre eux au Conseil National de 1994. Nous ne pouvons pas nous transformer en armoire à tiroirs, un tiroir pour la prière, un autre pour l’action, etc. C’est toute notre vie qui est transformée par le Christ.

Faire le lien entre la vie et l’évangile, c’était aussi intervenir au cours des réunions de communauté. Chaque communauté a son style, son visage, mais certaines grandes lignes se retrouvent dans toutes les communautés. Une place importante est réservée à la prière, à la lecture de l’évangile, à l’échange des nouvelles. De plus, un sujet de réflexion était proposé, chaque mois, à toutes les communautés.

Je me souviens très précisément de la façon dont j’étais intervenu dans une communauté. C’était dans les toutes premières années. Le sujet qui avait été choisi était le suivant : « Comment être chrétien à l’hôpital : quand on est malade, quand on est parent d’un malade, quand on rend visite à un malade, quand on fait partie du personnel soignant ou administratif ? ».

Comme à l’accoutumée, un questionnaire était distribué dans chacune des communautés, et autant que possible, le sujet devait être traité dans le mois, étant entendu que la « vie » primait sur le « travail de réflexion ». Autrement dit : quand une communauté avait un problème plus urgent à traiter, quand il fallait rendre visite à tel ou tel membre, à l’occasion d’un décès ou d’une naissance par exemple, le sujet du mois passait au second plan. Alors, pour revenir à notre réflexion sur : « Etre chrétien à l’hôpital », réflexion menée suivant la méthode du Voir, Juger, Agir, nous en étions depuis une bonne demi-heure à essayer d’analyser les différents comportements habituellement rencontrés à l’hôpital, quand un des membres de la communauté prend la parole pour manifester son mécontentement. Il croyait qu’il était venu à la réunion pour « parler de Dieu », et cette affaire d’hôpital commençait à l’agacer profondément ! Puisqu’il en était ainsi, il préférait rentrer chez lui.
J’étais bien placé alors pour lui expliquer que le Christ nous avait confié une mission : il nous fallait être « le levain dans la pâte », ce qui en l’occurrence signifiait faire tout pour que la vie à l’hôpital soit plus vivable. Mes explications ont dû lui convenir, car vingt ans après, il est toujours présent dans sa communauté. Lui et sa femme, ce qui mérite d’être souligné, car, événement très rare à Libreville, ou tout au moins aux Rois Mages, dans les années 70 : ils furent parmi les tout premiers à se marier religieusement.
 
« Les pauvres m’ont évangélisé » : ici s’impose une précision importante qui mériterait tout un livre s’il n’avait déjà été écrit. Je dois dire à mon tour que les « pauvres m’ont évangélisé ». Je n’ai pas seulement donné, j’ai reçu au centuple : les « pauvres » m’ont fait comprendre l’évangile, à commencer par cette phrase du Christ : « Je te remercie, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux savants, et de l’avoir révélé aux petits... » (Luc 10,21).

« Les petits », « les pauvres » : les chrétiens d’Akébé ne sont pas spécialement riches, sur le plan matériel. Bien sûr la notion de pauvreté est relative : il y a toujours plus riche ou plus pauvre que soi. Mais dans l’ensemble, le revenu des uns ou des autres avoisine souvent le SMIG ! Les « Makaya » sont plus nombreux que les « Mamadou ». (Traduction pour les non-gabonais : « les gens ordinaires » sont plus nombreux que les « pontes » !) Notez que « pauvre » ne veut d’ailleurs pas nécessairement dire « saint ». La samaritaine de l’évangile (Jean 4,1-42) et bien des femmes d’Akébé ont quelques points communs : avoir eu cinq maris ne leur parait pas si étrange... Cela n’a pas empêché la samaritaine de faire connaître Jésus aux gens de sa ville.

Une religieuse m’a fortement vexé un jour, au cours d’une réunion. Elle m’a lancé : « Dieu n’est pas dans vos communautés ! ». C’est vrai que personne n’est jamais vraiment parfait. En tout cas, à part l’une ou l’autre exception, pour confirmer la règle, l’immense majorité des chrétiens de cette paroisse sont des gens simples, et jour après jour, ils m’ont fait comprendre bien des pages du Nouveau Testament.

En 1990, pour garder un petit souvenir de ces vingt années passées au Gabon, et pour compléter mes albums - photos, j’ai mis par écrit quelques épisodes heureux que j’avais retenus de toutes ces années, épisodes qui agrémentent la vie. Je vous en livre, tels quels, quelques-uns qui illustrent ce que je viens de dire :
 
 
Les commerçantes
 
Notre paroisse des Rois Mages recouvre un vaste quartier : Akébé. On y distingue d’ailleurs Akébé Plaine, Akébé-Ville, Akébé Bellevue, Pont d’Akébé, Akébé Frontière, etc. Ce sont les Etats-Unis d’Akébé  !
Jusqu’ici, nous avons réussi à créer 13 communautés d’adultes.
Dans ces communautés, on trouve beaucoup de commerçantes, c’est-à-dire des femmes qui, par exemple, à la période des mandarines, vont dans les villages à 40 ou 60 kilomètres de Libreville, se ravitailler, et le soir, revendent ces fruits au marché ou tout simplement sur le trottoir, au carrefour. D’autres vont acheter des poulets en gros et vous vendent des quarts de poulet rôtis, etc. C’est ce qu’on appelle la cuisine des célibataires.
Une de ces femmes m’a toujours épaté. Un jour, elle expliquait que ses voisines lui en voulaient parce qu’elle refusait d’augmenter ses prix. Mais elle les remettait en place : « Vendez plus cher, volez vos clients... : quand vous serez riches et que vous aurez payé votre D C 8, quand je voudrais voyager dedans, je paierai ma place, et quand vous aurez votre hôtel, j’y paierai ma chambre ! »

 
 
La liberté
 
Cette même femme m’a surpris à une deuxième reprise. Ce mois-là, les communautés avaient choisi de réfléchir sur la liberté. Et c’était encore au temps où je fabriquais seul le questionnaire qui devait soutenir leur réflexion. Depuis quelques années, ce sont les responsables de communautés qui fabriquent les questionnaires, lors de la réunion mensuelle des responsables.
Me voilà donc devant un sujet bien difficile : la liberté ! J’ai passé le bac, j’ai fait de la philo, mais ça fait longtemps... Heureusement, « Pirogue » est une revue bien faite qui traite de façon assez claire, pour tout le monde, un sujet, à chaque numéro. Et il existe un numéro sur la liberté. Quelle chance !
Je vous passe tous les chapitres, mais retenez avec moi la conclusion du numéro : « Quand on aime, on est libre ». Mon questionnaire est vite fait, et les communautés réfléchissent sur le sujet.
Un soir, je passe dans la communauté où se trouve ma commerçante de tout à l’heure. Ils parlent dans leur langue, je n’y comprends pas grand-chose... C’est elle qui a la parole et qui la garde un certain temps. Quand elle a terminé, je demande si on peut me résumer, en français, ce qu’elle vient de dire.
C’est très facile... Elle a dit que ... quand on aime, on est libre !
Elle qui ne sait ni lire ni écrire, elle aurait pu écrire ce numéro de Pirogue !
« Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l’avoir révélé aux tous petits. » Luc 10,21
Et puis vous voyez, je suis les cours du soir à l’Université populaire !
 
 
Les bas-fonds
 
Il n’est pas question à Libreville, de « bidonvilles », et pourtant certains coins d’Akébé y ressemblent étrangement. On parle de « bas-fonds ».
Quand vous êtes sur la route, les maisons qui la bordent cachent souvent deux choses : d’une part, en bien des endroits, vous ne pouvez pas imaginer qu’il y a derrière ces maisons un terrain très accidenté, et d’autre part, malgré ces escarpements, tout est construit. Je connais au moins quatre endroits où pour descendre chez ceux qui ont construit en bas, il faut être un peu acrobate, et je connais un endroit où les maisons sont tellement rapprochées qu’il faut, quand il pleut, fermer son parapluie pour passer !
Un soir, il faisait déjà nuit (la nuit tombe vite à l’équateur), avec la responsable nationale de la J.E.C. d’alors, nous remontions sur la route, en faisant attention, dans la nuit, où nous mettions les pieds : il faut éviter les cailloux, les flaques d’eau, la boue, tâtonner pour être sûr d’avancer sans tomber, bref, faire un peu de sport ! Mais c’est du sport obligatoire et ceux qui habitent ces endroits n’ont pas forcément envie de faire du sport tous les jours. De même, pour descendre voir quelqu’un, par ces chemins, il faut vraiment en avoir envie... Ce qui explique la réaction de la responsable : « Heureusement que Jésus habite dans les bas-fonds, parce que ... »
Des réflexions de ce genre, dans de pareilles situations, ça vous aide à comprendre un peu mieux l’évangile, ça vous donne de quoi méditer… pas besoin de livres !
 
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L’obole de la veuve
 
Ca ne se passe pas au Temple de Jérusalem, mais des pauvres, on en trouve partout  !
Je ne sais pas si elle est veuve. Elle est assez âgée, souvent malade, très discrète. Elle fait plus ou moins partie d’une communauté. Que dire encore? Elle ne parle pratiquement pas le français.
Un soir, au sortir de la réunion de la communauté, alors que nous marchons tous ensemble pour regagner la route, elle me fait comprendre que je dois la suivre. J’hésite un peu, me demandant bien ce que je vais aller faire chez elle, vers 22 heures. J’y vais quand même.
Heureusement qu’elle est d’un certain âge, car ceux qui nous voient passer pourraient avoir des arrière-pensées !
On passe entre les maisons et, de dédale en dédale, on arrive chez elle, une petite maison en planches comme des centaines d’autres. Sur un meuble, dans un coin, une toute petite statuette de la Sainte Vierge, à côté de laquelle se trouve un gros coquillage. Avec difficulté, elle arrive tout de même à en extraire quelques pièces de monnaie qu’elle me remet.
 
C’est comme dans l’Evangile, non ?
 

 
J’avais donc retenu ces quatre épisodes. Je les avais rapportés sur un ton quelque peu humoristique. Je pourrais multiplier les exemples. Ils sont nombreux celles et ceux qui m’ont fait comprendre les paroles et les réactions de Jésus par leurs réactions personnelles face à tel ou tel événement, face à telle ou telle situation.

J’ai connu deux ou trois « saints ». Deux qui sont déjà certainement au ciel... un qui est encore sur terre. Il est donc un peu trop tôt pour en parler ! Ceux qui sont saints, parfaits, sont rares, mais j’ai remarqué que nous sommes tous, ou presque tous, « charismatiques ». Nous avons tous reçu quelques dons, et je ne résiste pas à l’envie de vous raconter encore l’un ou l’autre souvenir...
 
Dans nos communautés, pour mettre tout le monde en route, nous avons souvent médité la comparaison de Saint Paul : nous ressemblons au corps humain où chaque membre a son rôle à jouer ! « Le corps ne se compose pas d’un seul membre, mais de plusieurs... » (I Corinthiens 12,14). J’ai pu réaliser un jour combien c’était vrai. Une jeune fille que je connaissais bien, arrive, me trouve dans la cour, devant mon bureau, et m’annonce que son père vient de se tuer par accident. Ses parents étaient les fondateurs d’une des toutes premières communautés. Nous nous connaissions très bien. Cette nouvelle me bouleversa. Que dire à leur fille ? Je me sentais vraiment très démuni, très pauvre. Dieu merci, Barthélemy, pour ne pas le nommer... se trouvait avec moi à ce moment-là. Responsable d’une communauté, il connaissait très bien celui qui venait de nous quitter. Et c’est lui qui prit la parole pour réconforter celle qui venait de nous annoncer cette cruelle disparition. Je fus surpris par son discours, et j’ai vraiment compris alors que chacun de nous possède son ou ses charismes, et que finalement, nous sommes tous « charismatiques ». Devant moi, Barthélemy avait su la consoler.
 
Un autre cas, très émouvant : un couple avait perdu un enfant hydrocéphale. On l’avait baptisé dans le cadre d’une communauté naissante, dans leur quartier. Cette mort fut déjà une rude épreuve. Nous avions soutenu le père et la mère, de notre mieux. Quelques mois plus tard, dans la même famille, c’est une jeune fille d’une vingtaine d’années qui nous quitte. Avec tout un groupe de jeunes, nous voilà partis au domicile, comme c’est la coutume, pour passer une bonne partie de la nuit devant le cercueil. Prières, chants, lectures dans la bible se succèdent. J’avais déjà vécu avec cette famille, le premier drame. Voici une autre épreuve qui aurait pu en révolter beaucoup parmi nous. En fait, c’est une très belle leçon que nous a donnée cette maman, quand elle a pu dire, en retenant difficilement ses larmes, devant tous ces jeunes jécistes qui avaient à peu prés l’âge de sa fille : « Dieu me l’a donnée, Dieu me l’a reprise, que sa volonté soit faite ! ». Ce soir-là, ce n’était pas un « Notre Père » récité de façon distraite...
 
Le monde est petit... ou l’Eglise est vaste... C’est comme on voudra ! Je suis en France depuis 1991 et voilà que je retrouve ici, en 1994, à l’Institut Gustave Roussy, à Villejuif, une jeune fille qui a vingt-quatre ans, cette année la. Elle a fait sa communion aux Rois Mages vers 1980. Villejuif, vous le savez, c’est synonyme de cancer... Evacuée en France, se retrouvant quasiment seule à l’hôpital, elle n’a pas baissé les bras, elle s’est battue, elle est guérie.

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L'IGR
Je lui expliquai un jour comment je me sentais un peu en exil, ici en France, loin de mes amis librevillois. Après vingt ans passés dans la communauté des Rois Mages, j’ai comme l’impression que ma vie est brisée. Eh bien, heureuse surprise, c’est elle qui se souvient et qui me rappelle une homélie sur la foi, sur la confiance, une homélie que j’ai dû faire en 1980. C’est elle qui aujourd’hui me fait saisir une phrase du Christ : « Détruisez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Dans sa bouche, cette phrase prend tout son sens. Elle vient de sortir vainqueur d’une maladie souvent mortelle, elle sait que le Christ l’a aidée à vaincre un mal terrible, et elle n’admet pas qu’on puisse baisser les bras devant une situation difficile. Faisons-nous confiance au Christ, oui ou non ? Dans sa réaction violente à mes propos, elle s’est exclamée : « Bousillez ce temple, je le rebâtis en trois jours ». Jésus voulait parler de sa propre vie. Il parlait aussi de sa vie, à elle, et pourquoi pas, de la mienne. Par les paroles sorties de ma bouche, en 1980, elle avait compris ce que voulait dire « avoir confiance dans le Christ ». Par les paroles sorties de sa bouche, en 1994, j’ai compris un tout petit peu mieux le mystère de la résurrection.
 
Voilà donc, car il faut bien clore ce chapitre, en quel sens je peux dire que les pauvres m’ont évangélisé (et continuent de m’évangéliser !). Cette femme, cette mère de famille nous a fait comprendre la bonne nouvelle, non pas dans une église, non pas dans une homélie, mais devant le cercueil de sa fille, quelque part derrière le marché d’Akébé Plaine. « Allez dans le monde entier, (jusque derrière le marché), enseignez la bonne nouvelle... » : cette nuit-là, je crois avoir fait partie de ceux qui l’ont comprise un peu mieux. Et cette jeune fille à Villejuif me fait comprendre un peu mieux aussi l’essentiel de cette bonne nouvelle : la résurrection. « Vous êtes ressuscités avec le Christ » disait Saint Paul aux Colossiens.
 
Inutile de vous dire qu’à la fin des réunions, quand on me demandait systématiquement si je n’avais rien à ajouter, la plupart du temps, ayant déjà dit ce que j’avais à dire, ceux qui attendaient « le mot du père » étaient déçus. Je leur répétais invariablement cette phrase de Jésus que vous pouvez lire en Jean 14,26 : « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit ». Ce à quoi j’ajoutais avec malice que nous avons tous reçu le même Saint Esprit au jour de notre confirmation..., le Père Gérard comme les autres !
 
Aider tout un chacun, à commencer par soi-même, à faire le lien entre l’évangile et la vie, faire grandir la communion à l’intérieur de la communauté et entre elles, tout ceci pourrait déjà caractériser le travail du prêtre, le service qu’il peut rendre à celles-ci.
 
J’ai parlé du baptême, mais c’était plutôt pour parler de la façon de s’organiser en communauté. Il faudrait parler des sacrements en général, ou de chaque sacrement en particulier. Vous avez pu, en lisant entre les lignes, constater combien le baptême et la confirmation ont toute leur importance : ces deux sacrements nous font vivre, nous constituent « enfants de Dieu », membres d’une communauté, chargés d’une mission.
 
Je voudrais insister maintenant sur l’eucharistie, sacrement directement lié à ce que j’ai décrit jusqu’ici.
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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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