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22 août 2006 2 22 /08 /août /2006 15:15
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TROISIEME PARTIE
 
 
Si c’était à refaire…
 
 
 
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Chapitre 12
 
L’appel
 
Commençons par le commencement :
 
J’aimerais bien recommencer à Boulogne-sur-mer, non pas pour revivre ce que j’y ai vécu à la fin des années 50, mais parce qu’en 1999, j’ai eu la joie de participer, dans cette ville, à deux cérémonies qui m’ont heureusement surpris : l’appel et l’ordination au diaconat de Louis Otshudi.

 7/12/1999  :  odination de Louis Otshudi,
premier diacre permanent de Boulogne

C’est à Boulogne-sur-mer, en 1960, que j’ai terminé mes études secondaires. J’avais déjà l’idée d’être prêtre, et je me suis alors tourné vers les spiritains. Après quelques années de formation, c’est à Boulogne-sur-mer que j’ai été ordonné, en 1969. Mais en 1960, aucune communauté n’a été consulté par rapport à mon projet. C’était mon projet, mon idée… ! Je suppose que les spiritains avaient alors pris contact avec l’un ou l’autre prêtre qui devait me connaître… Je n’en suis pas sûr et je suis évidemment incapable de dire lequel. Peut-être le curé de ma paroisse ou le directeur du collège d’où je sortais ?
Ordonné en 1969, dans mon diocèse d’origine, cela montrait, de la part des spiritains, un réel souci de ne pas se couper de l’Eglise locale. J’aurais pu être ordonné dans la chapelle du séminaire comme cela se faisait quelques années auparavant.
  
29 juin 1969
 
Aujourd’hui, on fait mieux encore. Ce que j’ai vu en 1999 montre comment l’Eglise locale appelle et comment l’évêque vient ordonner. Ce qui s’est fait en 1999 pour un diacre devrait pouvoir se faire pour un prêtre. En tous cas, s’il fallait être appelé et ordonné de cette façon, je serais partant. Mais je vous laisse prendre connaissance de l’événement, en vous relatant quelques extraits de la cérémonie d’appel.
 
Boulogne-sur-mer, le vendredi 8 janvier 1999, chez les sœurs de la Visitation, cérémonie de l’appel au diaconat de Louis Otshudi.
 
Voici trois extraits de cette célébration :

I. Comment percevons nous Louis et Marie Jeanne ?
2. Contexte dans lequel Louis a été appelé.
3. L’évêque « prolonge » ce qu’a dit Louis et appelle.
 
 
I. Comment percevons nous Louis et Marie Jeanne ?
 
Africains, avec leurs différences culturelles mais dans une humanité qui nous est commune.
Ils forment un couple de deux personnes libres, mais très soudées et en grande complicité. Ils ont une qualité d’accueil qui ne dresse aucune barrière. Voilà pourquoi on les trouve dans des communautés humaines, auprès d’autres Africains, aussi bien du Maghreb que du Congo, du Sénégal ou d’ailleurs. Ils sont des rassembleurs. Et leur foi les a fait s’engager dans une communauté d’Eglise, dans les équipes qui la font vivre. Engagés également dans une démarche par rapport à la prière.
Il est très important que l’Eglise de Boulogne appelle Louis; et tous les chrétiens de Boulogne sont concernés :
- par sa manière d’être, son émerveillement devant toutes choses, son regard sans a priori, son esprit d’analyse et de synthèse, son attention à tous ceux qui ont des difficultés (il est lui même confronté à une situation précaire puisqu’il est enseignant non titulaire, il se prépare au C.A.P.E.S.)
- par les liens qu’il a tissés avec les autres communautés et parce qu’il est capable de prendre des responsabilités…
Louis représente une richesse pour l’Eglise en général, et l’Eglise de Boulogne en particulier : il a le souci d’être un trait d’union grâce à qui, ceux qui pouvaient ne jamais se rencontrer, sont mis en contact et peuvent partager.
Je terminerai sur une réflexion faite par une personne extérieure à l’Eglis : « Faire appel à Marie Jeanne et Louis, c’est sans souci : on peut compter sur eux ».
 
 
2. Contexte dans lequel Louis et Marie Jeanne ont été appelés et dans lequel s’est constituée l’équipe d’accompagnement
 
En 1995, différents groupes de Boulogne se rencontrent dans le Collectif de la Paix, à l’appel de partis politiques, de mouvements confessionnels ou laïcs : des gens font route ensemble, sensibles aux drames qui secouent certains pays tels l’Irak, l’Algérie. Ils disent leur révolte contre l’escalade de la violence, la course à l’armement, les essais nucléaires et l’exclusion que nous avons vécue avec les sans papiers (avec Fanny).
Au sein de ce mouvement, nous retrouvons des personnes venant de communautés très différentes, entre lesquelles, à priori, le dialogue existe peu, et pourtant entre croyants de confessions islamique, juive, chrétiennes et non croyants, un chemin a pu être parcouru, dans le respect de l’autre, en apprenant à mieux se connaître dans son histoire, sa culture, à s’apprécier et à œuvrer ensemble pour plus de justice et de paix. Des amis du Kent se sont joints à ce mouvement et des rencontres ont pu s’organiser de part et d’autre de la Manche.
Dans ce contexte, Louis et Marie Jeanne ont pu affirmer la volonté d’un engagement plus fort, au sein de la communauté catholique de Boulogne en répondant à l’appel au diaconat.
Une équipe d’accompagnement devait se constituer afin que la démarche soit approfondie en fonction d’objectifs de départ qui devaient être affinés et en fonction d’une démarche qui devait prendre sens en Eglise. Sur le secteur de Boulogne, Louis et Marie Jeanne veulent faire connaître l’Afrique, leur culture, ils veulent partager, tisser des liens, aller vers d’autres. C’est ainsi que l’ESCA (Espace Culturel Africain) a pu voir le jour, permettant à des jeunes du quartier Léon Blum de vivre la culture africaine par la danse et le partage au cours de fêtes.
L’accueil de marins étrangers en escale à Boulogne, grâce à l’ABAM (Association Boulonnaise des Amis des Marins) permet des rencontres avec des marins de tous les continents.
C’est dans ce contexte que différentes personnes sont invitées à soutenir la démarche de Louis et Marie Jeanne, à être compagnons de route au cours des années à venir, ces personnes sont sensibles de part leurs engagements militants, de par leurs différences de couleur, de culture, de religion, de pays d’origine. Tous feront route avec Louis et Marie Jeanne dans une démarche d’ouverture et de réflexion.
On sait dès le départ que l’autre ne sera pas récupéré mais écouté, que chacun devra être un peu plus lui-même en sachant approfondir la richesse de sa propre tradition, en apprenant à mieux connaître l’autre dans sa différence. Chacun sait également que cette démarche d’ouverture changera aussi son propre regard.
L’accompagnement vers le diaconat de Louis et Marie Jeanne se fonde sur ce respect en profondeur de l’autre, reconnu dans son identité culturelle, religieuse, philosophique…
Louis et Marie Jeanne ont été appelés pour être signes que les différentes cultures nous enrichissent, pour être traits d’union entre gens de différentes cultures et pour être signes que l’amour au sens de l’Evangile nous appelle aujourd’hui à créer de nouveaux liens, de nouvelles solidarités et de nouveaux dialogues.
 
 
3. L’évêque « prolonge » ce qu’a dit Louis et appelle.
 
Le Père Evêque :
Louis, les personnes qui font Eglise avec vous me demandent de vous appeler officiellement à continuer votre marche vers le diaconat, et sont d’accord pour continuer à vous accompagner.
Fort de cette assurance, voulez-vous, en réponse à l’appel du Seigneur, poursuivre votre formation pour acquérir la compétence nécessaire au ministère de diacre ?
Louis :
Oui, je le veux.
Le Père Evêque  :
Voulez-vous continuer à développer en vous une disposition à servir le Christ Seigneur et son corps qui est l’Eglise ?
Louis :
Oui, je le veux.
L’Evêque s’adresse à Marie Jeanne  :
Marie Jeanne, c’est à vous que je m’adresse. Il y a près de 25 ans qu’avec Louis vous vous êtes engagés dans le mariage. Cinq enfants : Francis, Mariette, Aimée, Mathieu et Cécile sont venus vous apporter beaucoup de joie.
C’est à votre contact et avec vous que Louis a progressé dans la foi. Aujourd’hui, l’Eglise me demande d’appeler Louis au diaconat permanent. Etes vous d’accord ?
Réponse de Marie Jeanne :
Oui, Père Evêque, je suis d’accord.
L’Evêque :
Louis et Marie Jeanne, l’Eglise accueille avec joie votre projet. Ce que Dieu a commencé en vous, qu’il le mène à son terme.
 
 
Les trois extraits de cette célébration nous permettent de comprendre que :
- c’est l’Eglise qui est à Boulogne qui appelle Louis
- tous les chrétiens sont concernés, même une personne extérieure à l’Eglise donne son avis. Les chrétiens sont écoutés. L’évêque les entend : « l’Eglise me demande d’appeler Louis… »
 
Peut-on être plus clair ?
 
Le jour de l’ordination au diaconat, le 5 décembre 1999, le même esprit régnait encore :
 
- Père, les chrétiens qui ont cheminé avec Louis, depuis sa première interpellation, demandent que vous l’ordonniez diacre »
- Que leurs représentants disent pourquoi ils le proposent à l’ordination.
A la suite de cette cérémonie, j’écrivais au responsable de la Pastorale des Migrants du diocèse d’Arras :
 
Spiritain, j’ai été ordonné en 1969. Les ordinations du diocèse avaient lieu cette année là, en la cathédrale Notre Dame, à Boulogne. La cathédrale était pleine, mais ce n’était pas vraiment une communauté, c’était plutôt une foule anonyme qui n’a pas eu le droit à la parole.
Par contre, ce vendredi soir, 8 janvier 1999, j’ai été plus qu’agréablement surpris.
Ah, si nous avions pu être appelés de cette façon ! La présentation des uns et des autres. Les gens qui parlent, qui chantent. La vie. On était loin des cérémonies ennuyeuses où seul le prêtre à l’autel ne s’ennuie pas. La vie d’une communauté, la vie des membres de cette communauté, les gens avec qui ils travaillent, les différentes couleurs, les différentes religions, et tout ce monde qui appelle - l’évêque venant confirmer l’appel - : on se sent heureux et fier de faire partie de ce peuple. Et on est heureux de rencontrer un couple qui répond « oui ».
Je sors réconforté : il y a des progrès dans notre sainte Eglise…
J’espère que le plan de la cérémonie sera diffusé largement. D’autres communautés suivraient certainement cet exemple. Il est grand temps que les communautés appellent !
Encore une fois, merci.
 
 
Les livres et les articles sur les ministères dans l’Eglise ne manquent pas. Il est très facile, sans être ni historien, ni théologien, de savoir comment les choses se passaient à telle ou telle époque. Eleuthère Kumbu ki Kumbu, dans son livre : « Vie et ministère des prêtres en Afrique »1, consacre un chapitre à l’accès au ministère dans le Nouveau Testament et dans la tradition de l’Eglise. C’est dans ce chapitre qu’il remarque : « Il est possible à la suite de nombreux exégètes et théologiens de mettre en lumière, dans toutes les communautés néotestamentaires, la participation des croyants à la désignation des ministres»2. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil : ce que j’ai vu à Boulogne-sur-mer existait déjà dans les débuts de l’Eglise. Il y a de quoi devenir traditionaliste !
A propos du choix d’un pasteur, nous pourrions réfléchir longuement aujourd’hui sur ce conseil de Saint Cyprien, évêque de Carthage (249-258) : « Que l’élection se fasse en présence du peuple qui connaît parfaitement la vie de chacun et a pu apprécier sa conduite en vivant près de lui. »3
Que dirait Saint Cyprien s’il avait été à la messe, en la fête de Noël 2000, à Fourmies (dans le Nord de la France). J’étais là-bas. Avec la feuille de chant distribuée à l’entrée de l’église, j’ai récupéré une autre feuille : « Bienvenue, Mgr Garnier ». Un papier chaleureux qui présente aux chrétiens de Fourmies, le nouvel évêque du diocèse. Fourmies se trouve dans le diocèse de Cambrai. Evêque de Luçon (Vendée), Mgr Garnier va venir succéder à Mgr Delaporte, décédé il y a un an. « J’ai tout à apprendre, j’ai tout à découvrir. J’ai hâte d’être au milieu de vous » dit le futur pasteur de l’Eglise de Cambrai. C’est gentil pour les gens du Nord. Je ne sais pas ce qu’en pensent les vendéens… Mais de toute façon, on est loin de Saint Cyprien ! Le peuple dont il parlait est mis ici devant le fait accompli !
Et le pape Léon le Grand (440-461) peut-être se retourne-t-il dans sa tombe à chaque nomination d’évêque, lui qui écrivait : « Celui qui les conduit tous doit être choisi par tous. Personne ne peut être sacré évêque contre le désir des chrétiens, ni sans qu’ils l’aient explicitement demandé. »4
Pour reprendre mon fil : je serai prêt, aujourd’hui, à être diacre à Boulogne-sur-mer, mais certainement pas évêque à Cambrai !


1 Eleuthère Kumbu ki Kumbu, Vie et ministère des prêtres en Afrique, Karthala, 1996
2 op. cit. p.208
3 ibidem, p.212
4Jean Pierre Roche, Prêtres – laïcs, un couple à dépasser, Editions de l’Atelier, 1999, p.30
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Vous pouvez envoyer vos commentaires à  gerardw@spiritains.org

 
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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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