Chapitre 17
Une Bonne Nouvelle pour tous
et pour chaque jour !
Si c’était à refaire…
Je continuerais, au fil des jours, à partager cette Bonne Nouvelle. Une bonne nouvelle, comme une mauvaise d’ailleurs, on la garde difficilement pour soi. J’ai
passé des heures à expliquer l’évangile, le mercredi matin et le mercredi après-midi à des enfants du primaire, le samedi après-midi à des élèves du secondaire et à des universitaires, et le
dimanche matin à tout le monde ! Sans oublier les conversations en voiture, car ma voiture ressemble souvent « au dernier salon où l’on cause »… Je ne regrette rien, et c’est avec
grande joie que je recommencerais !
Je ferais encore davantage d’efforts pour éviter un vocabulaire souvent incompréhensible de nos jours. Durant des décennies, nos livres de catéchisme et nos missels
ont été remplis de formules qui ne veulent plus dire grand chose aujourd’hui. Il peut en rester encore des traces soit dans les livres, soit dans les façons de parler.
Ceci est d’autant plus important que la Bonne Nouvelle apportée aux hommes par le Christ n’est pas seulement une série de notions intellectuelles qui nous
permettraient de commencer à connaître Dieu, les hommes et le monde. En comprenant un peu mieux qui est Dieu, qui je suis et qui sont les autres, je suis embarqué, si je l’accepte, dans une
grande aventure. Le Christ est quelqu’un de vivant qui me dit : « Lève toi et marche. » Il me montre un chemin, et avec lui, avec son soutien, avec sa force, avec son Esprit, il ne me
reste plus qu’à avancer, vers son Père qui est aussi mon Père. Et comme il dit cela à tout le monde, il faut remplacer les « me » par des « nous. » Nous sommes invités à
avancer ensemble. Aux yeux de Dieu nous sommes tous frères.
Avancer ensemble sur cette route est exigeant. Le problème pour un occidental en Afrique, c’est qu’il peut enrober le message de l’évangile dans un vocabulaire et
dans une culture occidentale. Combien de fois ai-je entendu : « chez nous les noirs… ». Mais cette formule magique est ambiguë : elle peut être employée aussi bien pour vous signifier
que les cultures sont différentes que pour s’excuser à bon compte : ce que le Christ demande n’est pas si facile à réaliser. De son temps, les gens trouvaient déjà des excuses : « je viens
d’acheter un champ et il faut que j’aille le voir » ; « je viens d’acheter cinq paires de bœufs et je pars pour les essayer » ; « je viens de me marier et c’est pour
cela que je ne puis venir » (Luc 14,15-24).
Je continuerais également à tout faire pour que ma communauté chrétienne soit toujours mieux au service de la société. Je mettrais encore un peu plus l’accent sur
le fait que le Christ nous veut des hommes et des femmes debout. En 1978, au 8ème Conseil Mondial à Valladolid, la JEC faisait clairement « option pour les pauvres » :
« La JEC insiste sur la nécessité d’opter pour les pauvres, les exploités et les opprimés et de participer sérieusement et avec toutes ses forces à leur
libération, solidairement avec tous ceux qui sont engagés dans la même voie »[1].
La plupart des congrégations religieuses parlent aujourd’hui le même langage. Chez les Spiritains, la Règle de vie commence par la citation de Luc 4, 18-19 :
« L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à
la vue, rendre la liberté aux opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur ».
Je suis prêt à passer encore des heures et des heures avec des jeunes Africains comme je l’ai fait en 1996, dans le cadre de l’Aumônerie catholique des étudiants Africains, à Paris. Durant toute
une année, une dizaine d’étudiants a réfléchi sur la nécessité pour eux de ne pas se contenter des études et des diplômes mais d’avoir aussi des projets de création de petites entreprises. Une
expression revenait fréquemment dans leurs réflexions : « il nous faut être entreprenant ». Comment ne pas applaudir des deux mains : créés à l’image de Dieu, nous avons vocation à
créer, à être entreprenant.
Mars 2009 : je suis toujours avec des anciens jécistes qui soutiennent les "entrepreneurs"
Voir : http://reseau-raja.over-blog.com/article-13306869.html (2 vidéos)
Avoir un projet, entreprendre : n’est-ce pas une des conditions pour sortir de la pauvreté ? Juste avant la première Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, à
Abidjan, nous avons eu l’occasion de rendre visite à la Caritas Côte d’Ivoire.
A propos de cette visite, je relève dans le Rapport Final de cette Assemblée Générale :
« Le plus intéressant a été la présentation du Service pour la Promotion Humaine (S.P.H). Nous avons appris que ce service contient un Programme d'Appui au
Secteur Informel (PASI) où des crédits allant de 30 000 à 3 000 000 F.CFA sont accordés aux désœuvrés avec un taux d'intérêt maximum de 20% sur une échéance de 6 mois à 2 ans. Les objections qui
ont animé les débats ont été clarifiées par le secrétaire général, Mr. Esso Asso, ancien jéciste aussi. Après avoir visité les locaux, nous sommes allés à la rencontre de quelques promoteurs
ayant bénéficié des crédits de la Caritas. Parmi eux, nous avons été frappés par le développement rapide d'un jeune vendeur de pagnes à la sauvette devenu responsable employeur d'une grande
entreprise multiservices grâce à une succession de crédits rapidement remboursés. Et de manière générale, nous avons constaté la réussite des différents projets réalisés. »[2]
Nous sommes allés à la rencontre de quelques promoteurs ayant bénéficié des crédits de la Caritas
...
Dans le Royaume inauguré par le Christ, chaque homme doit pouvoir vivre debout. Chacun doit pouvoir être reconnu avec ses richesses. Chaque peuple aussi doit
pouvoir mettre en valeur toutes ses richesses. Or nous constatons chaque jour que ce Royaume est loin d’être établi. Comme le disait Jésus lui-même : « Ceux qui appartiennent à ce monde sont
plus habiles vis-à-vis de leurs semblables que ceux qui appartiennent à la lumière » (Luc16,8 ).
Tout le monde ne peut pas être économiste. Il n’est pas donné non plus à tout le monde de connaître les institutions qui gèrent les finances internationales. Les
citoyens ordinaires que nous sommes ne connaissent la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International ou les Programmes d’Ajustement Structurel que de nom. Nous ne connaissons pas les rouages
et les véritables intentions de ces institutions nées de la Conférence des Nations Unies à Bretton Woods en 1944 et nous ne sommes pas capables de mettre le doigt sur les relations qui existent
entre certaines situations dramatiques et les décisions prises par ces institutions. Espérons que des anciens jécistes, anciens étudiants en économie, avec d’autres « qui appartiennent à la
lumière » et aujourd’hui à des postes de responsabilités, finiront par être « aussi habiles que ceux qui appartiennent à ce monde ». Espérons qu’ils seront de plus en plus
nombreux, qu’ils sauront trouver les mots adaptés et le courage, malgré tous les obstacles mis sur leur chemin, pour nous aider à analyser les situations. Alors, au delà du scandale que peut
provoquer chez nous la mort évitable d’un bébé, nous serons moins ignorants pour soutenir telle ou telle politique capable de mettre un frein à la mortalité infantile, à la malnutrition, au
chômage, etc.
Le plus urgent de nos jours n’est-il pas de générer les biens nécessaires à la satisfaction des besoins humains de tous et pas seulement d’une poignée de
privilégiés ?
Invités à être « lumière du monde », « levain dans la pâte », nous pouvons tous faire nôtre cette déclaration de la JEC :
« La spécificité de la JEC consiste à être présente dans le processus de construction et de libération du monde, dans l’histoire humaine, traversée et
informée par l’Esprit de Dieu, pour y vivre et communiquer la foi et y révéler la présence du Christ. »[3]
Voilà donc en quel sens je continuerai à mettre en avant l’importance des petites communautés à taille humaine, rejoignant d’ailleurs ainsi les préoccupations de
certains pasteurs. Les propos de l’évêque de Digne et ceux des évêques d’Afrique australe sont pour tous ceux qui oeuvrent dans ce sens un fort encouragement. Ils mettront un point presque final
à cette troisième partie.
Relatant la fin du Synode du diocèse de Digne, La Croix du 15/12/94 titre : « Digne : la priorité aux communautés chrétiennes ». Et l’évêque, le Père
Pontier, interviewé explique : « Le problème, chez nous, n’est pas tant de trouver des prêtres que de trouver des laïcs qui veuillent se rassembler pour l’eucharistie. Quand on a 4 % de
pratiquants réguliers, on ne manque pas de prêtres ! Je connais l’Amérique latine. Là-bas, ils fondent des communautés chrétiennes et ils ont besoin de prêtres. Chez nous, il y a des prêtres et
pas de communautés. Or, l’Eglise, c’est d’abord des communautés chrétiennes vivantes. Des communautés vivantes qui s’enracinent dans le mystère du Christ. Elles prennent des initiatives pour
partager la Parole de Dieu au niveau d’une paroisse, d’un village. Elles se nourrissent par des célébrations mieux préparées. Elles se donnent les moyens de regarder la vie autour d’elles pour
pouvoir apporter une présence chrétienne. Le défi du christianisme est de tenir à la fois la dimension sacramentelle et l’engagement social. La communion et la mission ».
A des milliers de kilomètres de Digne, en Afrique australe, l’IMBISA (Réunion inter-régionale des évêques d’Afrique australe) regroupe les conférences épiscopales
de neuf pays. Dans une lettre pastorale, en septembre 1988, ces évêques insistent eux aussi sur la nécessité de créer de telles communautés.
Extraits :
73. L’un des moyens les plus efficaces pour nous éduquer les uns les autres dans la vie de la foi chrétienne est celui des petites communautés. Ces communautés
sont des groupes de personnes qui, fidèles aux enseignements de l’Eglise, se rencontrent régulièrement pour des activités déterminées, comme la lecture de la Parole de Dieu dans la Bible, en
particulier dans les Evangiles. Sous l’inspiration de cette lecture elles partagent aussi des expériences de vie et y réfléchissent à la lumière de l’Evangile ; et enfin, elles peuvent
examiner et décider les actions qu’elles peuvent ou doivent entreprendre.
74. La réflexion sur l’expérience de la vie conduit à prendre conscience de la situation où vit le peuple et des causes de sa souffrance. C’est là une sorte d’
« analyse sociale ». Connaître les causes des souffrances nous aide à décider, à la lumière de la foi, ce que l’on peut faire pour y remédier.
75. Les groupes qui suivent cette méthode avec persévérance créent entre eux une profonde amitié chrétienne, une confiance et une coopération mutuelles. Ils
prennent conscience de la présence du Christ dans leur vie et deviennent capables d’une salutaire influence chrétienne dans le milieu où ils vivent.
76. Nous insistons sur la nécessité de créer et de développer ces groupes qui, dans leur manière de vivre, nous semblent très semblables aux premières
communautés chrétiennes dont nous parlent les Actes des Apôtres : « Ceux qui croyaient au Christ n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme. Nul ne considérait comme sa propriété propre
l’un quelconque de ses biens. Ils mettaient tout en commun ». (Actes 4,32)
[1] Jeunesse Etudiante Catholique Internationale, Bases communes, 1978
[2] Rapport Final de la première Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique à Bengerville, Côte d’Ivoire, 1997,
p.31
[3] Bases Communes, JECI, 1978
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