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26 août 2006 6 26 /08 /août /2006 12:10

 

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Chapitre 8


 
La communion dans et entre les communautés
 
Tant que le nombre des communautés ne dépassait pas cinq ou six, j’ai pu assurer mon rôle de prêtre, présent à la vie de chacune d’elle, à côté du responsable, du secrétaire, du trésorier, du chargé des relations, du chargé de la liturgie, de l’entraide, de la catéchèse, du journal, de l’entretien de l’église, etc. Les différentes responsabilités se sont multipliées au fil des années. Chaque membre de la communauté était invité à se choisir un service à rendre aux autres, en fonction de ses aptitudes.

Connaissant alors personnellement chacun des membres, je me sentais plus spécialement chargé d’assurer l’unité, d’assurer la communion, le responsable étant plutôt chargé d’assurer l’organisation générale de la communauté, en vue de sa bonne marche.
 
Prenons un exemple bien concret : la célébration des baptêmes.

Pendant des années, pour mieux montrer que le baptême est le signe de l’entrée dans « l’Eglise-famille », comme on le dira peut-être dorénavant, après le Synode africain, dans la « communauté », comme on le disait alors, nous avons organisé des baptêmes de bébés dans les communautés, au lieu de les célébrer dans l’église paroissiale comme d’habitude. Quand plusieurs membres de la communauté avaient des nouveau-nés à baptiser, celle-ci, sous l’œil attentif du responsable, fixait le jour, l’heure et le lieu du baptême. Il fallait trouver un endroit adéquat puisque ce genre de cérémonie rassemblait en général entre 50 et 100 personnes. Messe, baptême et repas communautaire, en plein air : vous pouvez imaginer la quantité de détails à prévoir. Chacun avait un service à assurer. Il me revenait celui de présider l’eucharistie et le baptême.

Un dimanche, « Derrière le Centre Social », un quartier d’Akébé, la fête terminée, vers 17-18 heures, un des membres de la communauté de ce quartier où l’on venait de célébrer un baptême, s’en va rendre visite à un parent. Sur la route, juste devant lui, deux hommes conversaient : « J’ai vu tout à l’heure tout un groupe de personnes qui mangeaient ensemble... qui chantaient. Il y avait un blanc avec eux. Ils avaient l’air de bien s’entendre : pas de bagarre, pas de bruit ! ». Celui qui les suivait leur fournit aussitôt des explications : ces gens qui étaient ensemble, n’étaient autres que les membres de sa communauté chrétienne, le blanc qui était avec eux, c’est un prêtre, et s’ils chantaient, c’est parce qu’ils venaient de baptiser des enfants.
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A cette époque, je connaissais toute la communauté, chacun de ses membres, chacune des familles, et quand je présidais une telle cérémonie, je me sentais vraiment à ma place, membre à part entière de la communauté. Avec l’accord du responsable, les personnes concernées pouvaient faire baptiser leur enfant. Le baptême avait alors tout son sens. C’était, entre autres, une véritable entrée dans la communauté. Le responsable prononçait toujours une petite allocution d’accueil, quelques paroles chaleureuses qui mettaient à l’aise les invités et le prêtre avait aussi quelques mots à dire pour mieux faire saisir la nouvelle personnalité des baptisés.

A la fin de la cérémonie du baptême, tandis que le cierge pascal, bien en vue, nous rappelle la résurrection du Christ, le cierge que les parents y allument nous rappelle la phrase du Christ : « Vous êtes la lumière du monde ». C’est pourquoi le prêtre dit en leur remettant le cierge : « Recevez la lumière du Christ, c’est à vous les parents, les parrains, les marraines que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir pour que vos enfants avancent dans la vie en enfants de lumière... ». En faisant ces gestes, en disant ces paroles en plein quartier, on avait l’impression d’être quelque peu « lumière du monde » !
 
 
Puisque je viens de parler d’un baptême dans la Communauté Derrière le Centre social, profitons de l’occasion : lisons ce qu’écrivait en 1983, le défunt Zacharie, alors responsable. Il insiste beaucoup sur les baptêmes.
 
 
Le groupe des chrétiens de Derrière le Centre Social
 
Au mois de septembre 1973, notre groupe a été créé par le Père Gérard et Robert Ondo. A la suite du baptême de son enfant, célébré dans le groupe de Fin de Goudron auquel Robert appartenait alors, ce dernier a pensé qu'il pouvait créer son propre groupe dans son quartier. Après les premières visites du Père Gérard au domicile de Robert, l'entourage, étonné de voir un prêtre toujours chez lui, eut des explications de la part d'Ondo Robert. A chaque fois que le père venait, quelques-uns uns commençaient à venir causer avec lui.
Un jour, j'ai envoyé ma femme à l'église des Rois Mages pour demander le baptême de notre enfant, et le Père Gérard l'avait envoyée dans le groupe qui existait déjà, chez Robert Ondo, donc tout près de chez moi. Aussitôt je suis allé voir directement Robert. Il m'a expliqué exactement ce qu'il fallait faire pour que mon enfant soit baptisé et m'a recommandé de venir tous les jeudis soir à la réunion. Moi aussi, ayant rencontré mon ami Pierre Obame, je lui ai expliqué ce qui se passe maintenant dans notre quartier, et lui aussi a accepté de se joindre à nous.
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Zacharie
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A gauche, Robert, et la future responsable : Jeanne Françoise
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Pierre Obame avec un nouveau baptisé
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Petit à petit, nous sommes devenus un peu nombreux. Le groupe créé, nous voyons parfois la présence de la Sœur Bénédicta, d'Abel Eyeghe et du Père René. Nos réunions étaient consacrées à l'étude des Actes des Apôtres, textes choisis par Robert devenu responsable.
Nous avons commencé à penser au baptême des bébés. L'inscription était à l'ordre du jour et le premier baptême a eu lieu le 15-12-1974, devant le public. Après ce premier baptême, tout le monde de notre quartier s'est acharné à venir faire inscrire son bébé. Depuis ce temps, nous avons l'habitude de faire deux ou trois cérémonies de baptême par an.
Il serait trop long de citer en détail tout ce qui fait la vie de notre communauté. Rappelons simplement que l'équipe de l'Amitié, une équipe d'Ames Vaillantes est aussi vieille que notre communauté, et que nos membres ont participé aux trois voyages à Lambaréné. Nous avons aussi participé au voyage sur Oyem.
 
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L’équipe de l’Amitié durant un baptême.
Chants, accompagné des coquilles d'escargots.
 
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Nous avons participé au film : « Communautés de base d'Akébé », aux messes télévisées, à la formation permanente. Notre communauté a fêté aussi, une fois, son anniversaire.
Tous les hommes de notre communauté ont participé d'une façon très active à la construction du bâtiment (salles de catéchisme), pendant un an, tous les dimanches.
 
 

Ensemble !
envoyé par gerardw



Disons pour terminer que nous sommes parrain de la communauté de Likouala, communauté nouvelle.

Comme toutes les communautés, nous avons traité, au cours des dix dernières années, un certain nombre de sujets. Ces sujets de réflexion sont proposés à toutes les communautés et quand toutes les communautés ont terminé, nous faisons généralement une mise en commun. Voici la liste des sujets qui ont été étudiés : la vie du couple; le travail; l'argent; la prière; le mariage religieux; la souffrance; l'éducation des enfants; l'alcoolisme; la foi; les loisirs; la liberté; la paix dans la famille; les vocations sacerdotales et religieuses; pour vivre en chrétien dans la vie de tous les jours; la messe; la sorcellerie; l’Ecole des Parents (sept chapitres...) ; l’exode rural; qu'est-ce que réussir ?
Voilà un rapide aperçu de l'histoire de notre communauté.
Nous vous remercions.

                                                                 Le responsable : Zacharie Assoko
 
 



2007, au mois d'août.... quelques membres de la communauté :




Même si la liste des sujets de réflexion proposés à toutes les communautés est longue, vous voyez que le responsable s’attarde davantage sur les baptêmes. Peut-être justement parce que, responsable, l’organisation de ces baptêmes retenait toute son attention.

Cependant, il ne faudrait pas croire que le rôle des uns et des autres est tranché au couteau. C’est en effet ensemble que nous prenions certaines décisions. Par exemple, quand nous nous rendîmes compte que certaines personnes venaient dans la communauté, uniquement dans le but de faire baptiser un enfant... et disparaissaient la semaine suivante, les responsables et moi-même, au cours d’une réunion des responsables de communautés, nous avons opté pour le remède suivant : avant de baptiser un bébé dans la communauté, les parents devraient dorénavant en faire partie depuis au moins quatre mois. Vous notez ici que le responsable n’a pas seulement pour tâche l’organisation matérielle de la fête, il a aussi son mot à dire, au nom de la communauté, sur le sérieux de la démarche du candidat au baptême, ou tout au moins dans le cas présent sur le sérieux de la démarche des parents.

Bien sûr, rien n’est jamais parfait ! Il m’est arrivé de rencontrer une marraine qui tenait son filleul dans les bras, juste au début de la cérémonie, mais elle ne connaissait pas encore le prénom de l’enfant ! Et puis, imposer une présence de quatre mois dans la communauté avant de « parler baptême », cela n’a pas empêché certains de disparaître malgré tout le mois suivant... Mais cette façon de procéder avait donc un certain attrait. Une telle cérémonie, préparée par un grand nombre de personnes, avec repas, chants et danses, c’était une vraie fête !
 
 
En m’attardant sur ces baptêmes dans les communautés, j’ai voulu avec un exemple bien concret, préciser un peu le rôle de chacun en cette occasion : un groupe de volontaires va embellir la place qui a été retenue pour la cérémonie; un autre groupe ira au marché acheter ce qui sera nécessaire pour le repas ; il ne faut pas oublier le trésorier qui commence par récolter les cotisations ; de grand matin, les hommes vont installer les bancs, les chaises, l’autel (en plein air) ; le prêtre va baptiser ; les équipes d’enfants ou de jeunes (équipes en lien avec la communauté), vont intervenir à un moment ou à un autre, à la procession d’offertoire, par exemple. Bref chacun a son rôle à jouer. Et je n’ai pas parlé du chargé de la liturgie, ni du chargé des relations qui n’oublie pas d’inviter à la cérémonie quelques membres des communautés voisines.

Le prêtre que j’étais se sentait plus spécialement chargé d’assurer la communion à l’intérieur de la communauté. Je dirai quelques mots tout de suite sur ce premier aspect, avant de vous parler aussi de la communion entre les communautés : communautés d’adultes, d’enfants ou de jeunes. Voilà deux aspects qui méritent un petit temps d’arrêt sur image.
Veiller à garder la communion à l’intérieur de la communauté... ce n’était pas de tout repos ! Par exemple, un des problèmes qui m’a cassé la tête tout au long de ces années, fut le problème posé par la multitude des ethnies, par la multitude des langues. La plupart des communautés d’adultes sont composées de membres appartenant pratiquement tous à la même ethnie et donc, parlant la même langue. Mais on peut être de l’ethnie « miéné », parler miéné, être chrétien, désirer faire partie de la communauté de son quartier et constater que la plupart des membres de la communauté de son quartier sont des fangs, qui parlent fang... Quand on sait qu’il y a une quarantaine d’ethnies au Gabon, et qu’à Libreville, il y a en plus, une quantité de chrétiens venus de bien d’autres pays d’Afrique, on peut imaginer la suite : même sans mauvaise volonté, les minorités sont souvent quelque peu exclues, et l’exclusion, ce n’est pas la communion !

En fait, il m’est difficile de parler longuement de ce service précis que j’ai pu rendre, et ceci pour deux raisons au moins. La première, c’est que l’unité, la communion à l’intérieur d’une communauté est une réalité difficilement mesurable. On peut mettre de l’huile dans les rouages, on peut aussi mettre de l’huile sur le feu... J’ai bien conscience que souvent, ma simple présence a plutôt été comme de l’huile dans les rouages, mais vous conviendrez que ce n’est pas à moi d’en parler ! Je pourrais laisser parler ceux qui m’ont écrit de longues lettres ou ceux qui m’ont dit de vive voix des paroles tout à fait surprenantes, dans ce sens. Je ne fais pas allusion ici à des lettres d’amis ou à certains discours de circonstance, non pas que je veuille dédaigner les amis, mais je pense à des lettres de personnes que j’avais presque complètement oubliées, ou que je n’avais pas connues assez longtemps pour les reconnaître quand elles repassaient à Libreville après quelques années d’absence. A les entendre ou à les lire, je me rends compte que finalement j’ai pu être facteur d’unité sans même toujours m’en rendre compte sur-le-champ !

La deuxième raison, c’est qu’il me faut être discret. Contribuer à renforcer l’unité dans la communauté, c’est déjà contribuer à renforcer l’unité au sein des familles qui font partie de la communauté. Autrement dit, il m’est arrivé souvent d’être au courant des conflits qui pouvaient surgir dans tel ou tel ménage, ou encore entre parents et enfants, et bien entendu, entre telle et telle famille. Il n’est pas question ici de donner des exemples. Je dirai tout simplement qu’en général, ne comprenant pas parfaitement toutes les coutumes et traditions, je cherchais qui, dans l’entourage des personnes concernées, pouvait jouer un rôle de conseiller ou un rôle d’arbitre.

Laissez-moi vous dire pourtant que les conflits pouvaient quelquefois être très graves, voire même dramatiques. Jésus avait raison de dire : « Celui qui veut me suivre doit porter sa croix ». Je n’ai pas reçu beaucoup de lettres anonymes, et les deux ou trois que j’ai pu recevoir sont allées directement au panier, mais il en est une qui portait de graves accusations contre quelqu’un que je connaissais bien. Je l’ai gardée dans ma poche pendant toute une année, espérant que le problème finirait par se résoudre. Ce fut un long supplice. J’ai envie de dire : la communion, c’est parfois une vraie croix. Le corps du Christ, c’est le corps « livré », et le sang du Christ, c’est le sang « versé ». Aujourd’hui encore, l’homme peut facilement être un loup pour l’homme.
 
« Corps livré »
 
A ce niveau donc, la discrétion s’impose, mais chacun de nous a rencontré le mal un jour ou l’autre, et chacun comprend ce que je veux dire. Etre au service de la communion dans la communauté, c’est être chaque jour avec les membres de la communauté, c’est entendre le cri de l’un, le cri de l’autre, c’est savoir être discret face à telle ou telle situation. Etre discret sans être démagogue : quand Jésus libère la femme adultère, il ne l’encourage pas à recommencer...

Etre présent...
Etre au service de la communion dans la communauté, c’est être chaque jour avec les membres de la communauté... Pour assurer le service de la communion, il faut être présent effectivement. C’est évident !

En partageant les soucis, les peines mais aussi les joies des uns et des autres, vous êtes amenés à connaître chaque jour de nouvelles personnes. Et plus vous connaissez de personnes dans les milieux les plus divers, plus vous êtes amenés, souvent à l’occasion de services à rendre, à créer des liens, et des liens souvent durables. C’est un refrain maintes fois entendu dans la bouche des membres des communautés d’adultes : « grâce à ma communauté, j’ai fait la connaissance de tel ou tel que je n’aurais jamais connu autrement. Il est devenu un frère... J’ai une nouvelle famille... »

Alors, tandis que certains se plaignent d’une vie monotone qui se résume au « métro, boulot, dodo », je peux dire au contraire que durant les vingt années passées à Libreville, j’ai fréquenté les lieux les plus divers : hôpitaux, commissariats de police, tribunal, ministère de la jeunesse et des sports, ministère des affaires sociales, Maison du parti, établissements scolaires, Maison de la radio, marchés, villages des environs, etc., etc. J’ai été amené à rencontrer mille et une personnes : psychiatres, médecins spécialistes de la drépanocytose à Libreville et à l’hôpital Cochin à Paris, procureur de la république, ministres, chefs d’entreprise, proviseurs de lycée, chefs de quartier, nganga (médecins traditionnels), etc., etc. Autrement dit, être au service de la communion, mettre des personnes en relation, c’est la garantie d’une vie riche et bien remplie !

Partager les soucis et les peines, c’est être amené à rendre les services les plus divers. Cela va du banal au tragique, en passant par le cocasse. Voici quelques exemples parmi des centaines ...
Quand vous possédez une voiture, vous êtes sollicités, à temps et à contre-temps ! C’est, vers trois heures du matin une voisine qui va accoucher et qu’il est grand temps de conduire à la maternité. C’est un enfant qui est perdu dans la ville, vers 22 heures, et qui vous oblige à sillonner tout un quartier jusqu’à ce que le domicile des parents soit en vue. Voilà pour le banal !

C’est Mireille, une jeune enfant qui a trouvé moyen de boire de l’eau de Javel. Au bout de trois semaines à l’hôpital (trois semaines perdues...) la décision est prise de l’évacuer sur la France. A l’époque, un parent pouvait accompagner le malade. Les parents de cette enfant me supplient de faire le voyage. Sa mère pense que, connaissant la France, je serai plus efficace que n’importe qui... Hélas, c’était beaucoup trop tard. Mireille est décédée à Paris. Je suis revenu seul à Libreville. Il y a plus de vingt ans de cela, mais je m’en souviens comme si c’était hier. Tous ceux qui ont des enfants, ou tout simplement un cœur, comprennent facilement que de telles épreuves, ça crée des liens qui ne se brisent pas facilement.

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Boite-28-021.jpgMireille, c'est la plus petite, celle qui me tend le doigt

Boite-28-003.jpgici, elle est à gauche

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A côté du tragique, il y a aussi le quotidien qui souvent ne manque pas de piment ! Restons dans le domaine de la santé. Je me suis souvent retrouvé en vacances dans le Woleu-Ntem. On partait de Libreville, en 404 bâchée, à sept ou huit. La petite troupe passait deux jours dans le village de celui-ci, deux jours dans le village de celui-la. Une année, au cours d’un de ces voyages, voilà qu’une des filles a mal aux dents. Les quelques aspirines que nous avions à notre disposition ne suffisaient pas à calmer la douleur. Que faire ? Nous étions bien loin d’un centre où nous aurions pu trouver un dentiste. Quelqu’un du village nous explique alors que dans un village voisin, à dix ou douze kilomètres, un homme soigne les maux de dents. Nous n’avons rien à perdre. Allons – y ! Nous y trouvons le bon monsieur. En fait, un jeune homme. Explications, discussion dans la langue du pays, et finalement, on me met au courant : demain matin, très tôt, il va aller en brousse chercher les feuilles. Il ne peut y aller que demain car il doit cueillir les feuilles en étant à jeun. Il va falloir que notre malade reste toute la journée pour les soins, et il demande 500f CFA (à l’époque, 10 F.F.) Tout cela me paraît très faisable. On se donne rendez vous pour le lendemain, et on se quitte. Le lendemain matin, je la dépose avec une de ses amies et nous convenons que nous reviendrons tous la chercher, le soir. Tout se passe comme prévu. L’après-midi, nous voilà tous chez le dentiste. Où est la malade ? On nous indique une cuisine (entre parenthèses, les cuisines, dans cette région ont un charme tout particulier…. Il faudrait un écrivain de talent pour les décrire !) Notre malade se trouve donc dans cette cuisine, assise sur un petit banc. A côté d’elle, une casserole avec une espèce de tisane : elle se fait régulièrement un bain de bouche. Elle recrache sur le sol en terre battue la tisane en question, et quelquefois, un asticot apparaît. Elle me montre quatre ou cinq asticots sur le couvercle d’une boite en fer. « Voilà, mon père, tous les vers que j’avais dans les dents sont partis. Je n’ai plus mal, je crois qu’on peut partir. » Je ne dis rien, mais je dois avoir un regard qui en dit long, car elle réagit aussitôt : « Evidemment, vous ne croyez pas que j’avais ces vers dans les dents ? ». J’essaye de garder un air indifférent et de ne pas trop laisser paraître mon étonnement… « L’essentiel, lui dis-je, c’est que tu n’as plus mal aux dents ! ». Elle devait alors être en quatrième ou en troisième. Le lendemain, je l’ai surprise en train de verser de l’eau chaude par terre. Elle m’a avoué qu’elle faisait une expérience parce qu’au fond, elle se posait quand même des questions sur l’origine de ces asticots… Je m’étais promis de trouver un prof de sciences naturelles pour m’éclairer sur ce phénomène, mais c’est tombé dans le sac aux oublis !

Toujours dans le domaine de la santé, mais cette fois, ce sont les autres qui se préoccupaient de moi… Hospitalisé avec une hépatite, plusieurs sont venus me rendre visite avec des médicaments de fabrication locale… Alors que l’une des potions à avaler était assez bonne (jus de canne à sucre mélangé avec des herbes), deux autres étaient particulièrement imbuvables. J’ai essayé de boire doucement. J’ai essayé de boire d’un seul trait… Tout cela en cachette des docteurs et des infirmières ! Quelques années plus tard, souffrant de l’estomac (et des nerfs), un responsable de communauté a tout fait pour m’emmener chez un médecin traditionnel. Mais je n’ai pas voulu m’embarquer dans cette aventure. Il faut baigner dans toute une culture pour guérir dans cette culture.
Etre présent, c’est encore beaucoup d’autres choses ! Par exemple, apprécier, petit à petit, mais de plus en plus, la cuisine du pays... Après quinze jours de vacances au village, de retour en ville, le camembert vous paraît bien fade ! Vous appréciez aussi, petit à petit, la musique d’Afrique centrale et vous n’êtes pas loin de penser avec ce jeune gabonais, que la musique classique, c’est « la musique des morts » !

Avec ces exemples, vous avez certainement compris pourquoi je dis que nous sommes loin du « métro, boulot, dodo » quand on est présent et qu’on essaye d’être le plus possible facteur d’unité.
 
 
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Vous pouvez envoyer vos commentaires à  gerardw@spiritains.org

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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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