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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 15:18
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Chapitre 13
 
Le travail et la formation au « métier » de prêtre
 
Si c’était à refaire, il faudrait donc que la communauté des chrétiens à laquelle j’appartiens donne son avis, m’appelle. Et j’insisterais, avant d’accepter leur proposition, pour apprendre un métier, au cas où je n’en aurais pas. Ici encore, rien de bien extraordinaire ! Les premiers prêtres que j’ai connu dans ma vie enseignaient, qui le latin, qui le français, qui la chimie, qui la philosophie. Personnellement, je ne me sens pas d’attrait spécial pour l’enseignement… Mais il n’y a pas que l’enseignement. Nous avons tous entendu parler des prêtres ouvriers. Et je connais un prêtre médecin.
Depuis dix ans, je tourne en voiture dans la région parisienne. Les débuts ne furent pas de tout repos. Outre les feux toujours rouges quand on est pressé, outre les embouteillages, il est des petites rues plutôt difficiles à trouver quand il fait nuit et quand par dessus le marché, il pleut ! Mais aujourd’hui, avec dix ans d’expérience, je commence à connaître pas mal de coins. Alors, taximan ? Je ne dirais pas non ! D’ailleurs, j’écrirai peut-être un jour un autre petit recueil d’histoires. J’ai déjà le titre : « Mes voyages à Roissy ». Comme vous pouvez l’imaginer les amis Africains qui passent par Roissy sont très nombreux.



En ce qui me concerne, je demanderais à apprendre un métier pour une seule raison : gagner ma vie et n’être à la charge de personne. Voilà trente ans que je suis prêtre et que j’incite des chrétiens à prendre, bénévolement, des responsabilités dans les différentes communautés que nous avons pu créer. Je suis le seul à être rémunéré. Il me semble que dans une communauté à taille humaine, chacun doit prendre sa place et mettre au service des autres, les dons qu’il a reçus. Le prêtre comme tout le monde. Même en étant payé pour, serait-il un surhomme pour faire partie de façon habituelle de mille et une communautés ? Il s’agit bien ici de communautés et non de clubs ou d’associations diverses. Il faut relire les reproches que Paul adresse aux Corinthiens : le repas du Seigneur n’est pas n’importe quel repas, et il ne se prend pas n’importe comment ! (1ère Corinthiens 11,17-34). Le repas du Seigneur constitue l’assemblée en Corps du Christ. Je n’ai rien contre les touristes, rien contre les parachutistes, mais n’est-il pas dommage que le chargé de la communion ne soit pas un membre à part entière de la communauté ? Tourisme, parachutisme : nous voilà dans le domaine des loisirs. Que le prêtre prennent des loisirs, quoi de plus normal ! Que la façon de rendre le service pour lequel il est choisi et ordonné puisse faire penser à un touriste ou à un parachutiste, quel dommage !

Chaque communauté chrétienne doit pouvoir se trouver un prêtre. Et ce prêtre doit pouvoir trouver le temps de travailler pour vivre. Saint Paul le trouvait bien, ce temps : « Nous n’avons demandé à personne de nous donner le pain que nous avons mangé, mais, dans la peine et la fatigue, de nuit et de jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun de vous. » (2 Thessaloniciens 3,8)

                                                                                                            Mosaïque Saint Paul (Ravenne)

Travailler pour n’être à la charge de personne, cela n’empêche pas qu’une ou plusieurs communautés pourraient, en cas de besoin, s’organiser pour détacher telle ou telle personne capable de répondre à ce besoin. Et ce, pour un temps plus ou moins long. C’est ici que l’esprit créatif, l’imagination auraient toute leur place. Quand « il y eut des murmures chez les hellénistes contre les hébreux » (Actes 6,1), il y eut l’institution des Sept. Dans les premières années du christianisme, toutes sortes de ministères ont répondu à toutes sortes de besoins. Pourquoi n’en serait-il pas de même aujourd’hui ?


Un mot sur les honoraires de messes. Quand j’étais en paroisse, à Libreville, il arrivait que des chrétiens « demandent une messe », et payent donc le tarif exigé. En France, en aumônerie avec des jeunes, la plus grande partie ne connaît pas ces us et coutumes. Il ne viendrait à personne, même pas à moi, l’idée qu’une messe célébrée un dimanche, au cours d’une réunion d’aumônerie puisse se payer, ou pour parler plus correctement, que l’on puisse verser un honoraire au prêtre qui préside cette messe. Au cours de la célébration, c’est toute la petite communauté qui offre sa vie à Dieu et c’est à tous et à chacun que Dieu se donne. La place de l’argent là-dedans…
Apprendre un métier… Que devient alors la formation au « métier de prêtre » ?

Quand les communautés naissantes des Rois Mages se sont trouvées des responsables, le besoin d’une formation s’est immédiatement fait sentir. Et nous en avons organisé une, répartie sur trois années. Un petit sondage avait révélé que la plupart désirait en savoir plus sur la bible et sur l'animation de groupe. Nous avons ajouté un troisième chapitre : une réflexion sur des problèmes de société, et un quatrième chapitre : un aperçu sur l'histoire de l'Eglise. Nous avons été capables d’organiser, au niveau de Libreville, une formation pour des responsables de communautés. Serions-nous incapables d'assurer, sur deux ou trois ans, une formation pour des chrétiens qui seraient appelés à maintenir la communion. Quand j'ai quitté les Rois Mages, la « chargée de la liturgie » était abonnée, par la paroisse, à deux revues concernant son domaine... Il est vrai qu'assurer la communion, cela ne s'apprend pas dans les revues, mais il est des lectures qui peuvent aider !

Malheureusement, il faut bien reconnaître que nous ne sommes pas encore tout à fait sorti d'une époque où le prêtre devait avoir réponse à tout. Partant du principe qu'il peut-être amené à rencontrer aussi bien un philosophe qu'un manœuvre, un médecin qu'un gardien de prison, etc., etc., et qu’il aura sans doute à répondre à toutes sortes de préoccupations, on voudrait qu'il soit philosophe, théologien, exégète, moraliste et que par-dessus le marché, il soit psychologue, pédagogue et que sais-je encore ! A partir de ce schéma, le nombre d'années d'études après le bac ne fait qu'augmenter...

Heureusement, si le nombre d'années d'étude augmente, le nombre de prêtres lui, va en diminuant, et par le fait même, on s'aperçoit de plus en plus et un peu partout que tout baptisé peut être compétent dans tel ou tel domaine. Il faut des théologiens, des exégètes et toutes sortes d'autres spécialistes, mais cessons de penser que le prêtre doit être spécialiste en tout. A chacun son métier !
Vers 1986, nous avons essayé de répondre à la question suivante : « Existe-t-il une mort chrétienne, chez vous? ». Autrement dit, la foi en la résurrection de Jésus a-t-elle modifié les comportements traditionnels à l'égard de la mort et de sa célébration ? Le sujet avait enthousiasmé les diverses communautés d'adultes. Nous sommes restés plusieurs mois à réfléchir là-dessus. Mais je dois reconnaître que notre bonne volonté aurait pu être utilement renforcée par quelque méthode de travail efficace. Quand je vois aujourd'hui des universitaires mener leurs recherches pour rédiger une thèse, je suis un peu jaloux ! Je regrette que dans nos rangs, il n'y ait pas eu alors de tels intellectuels !

En même temps, j'insiste : il n'y a aucune raison pour que ce soit le « prêtre » qui soit amené à faire ce travail. Qu'il y ait des prêtres intellectuels, pourquoi pas... ? Mais que l'on n'aille pas exiger que tous les prêtres soient des intellectuels. Pourquoi ne pas exiger alors qu'ils soient aussi médecins ? Ce serait tout aussi utile.
Guérir : voilà un service qui nous est de plus en plus demandé. Pendant les vingt ans passés au Gabon, j'ai été confronté, peut-être pas tous les jours mais presque, à toutes sortes de problèmes concernant la maladie et la santé. J’ai failli apprendre à faire des piqûres. Je peux même dire que j'ai fait des miracles : j'ai guéri deux ou trois personnes ! J'ai arrêté car j'avais conscience de tromper des gens trop crédules. Par ailleurs, je n'ai jamais compris pourquoi des chrétiens d'un certain âge considéraient le fait d'avoir été malade comme un péché. J'ai vu des dizaines de personnes « faire le tour », à la recherche d'une guérison, passant du « féticheur » au Christianisme Céleste, de telle paroisse à telle autre paroisse, d'un groupe de prière à un autre, sans oublier un petit tour à l'hôpital.

Après avoir vécu toutes ces réalités à Libreville, c'est finalement en France, en 1994, que j'ai eu la chance d'avoir un peu de temps pour suivre une série de cours du Père De Rosny. A Douala, le Père De Rosny a fréquenté de très prés les "nganga". Il se fait qu'il est prêtre. Il aurait pu ne pas l'être. Un chrétien un peu averti, ayant quelques notions de théologie, aurait sans doute pu faire à peu prés les mêmes découvertes. Eric de Rosny est entré dans la façon de concevoir l'univers (le monde, l'homme, Dieu ...) de la population avec laquelle il vit depuis assez longtemps pour être adopté. Il nous a fait part de ses découvertes.
 

Un souhait : pourquoi n'y aurait-t-il pas 20 ou 30 chrétiens comme lui en Afrique centrale ? Non pas 20 ou 30 prêtres, mais des chrétiens qui prennent le temps de comprendre leur propre médecine traditionnelle, à la lumière de l'évangile. Dans les année 70, aux Rois Mages, nous avions programmé comme sujet de réflexion du mois : la sorcellerie, suite à trois ou quatre faits qui posaient problème et qui touchaient ce domaine. La première réaction des « bons chrétiens » fut celle-ci : « je ne connais pas ces choses ». Un moment de honte étant vite passé, le sujet suscita finalement l'intérêt de tous. Là aussi, des « spécialistes » auraient pu nous aider à aller plus loin. Il n'y a toujours pas de réponse claire à la question : un chrétien peut-il aller se faire soigner chez un nganga.

Je ne fais aucun complexe d'infériorité en disant cela. Je ne vois pas pourquoi le prêtre serait un spécialiste en tout et partout. Eric de Rosny pense qu'après la théologie de la libération, nous aurons bientôt la théologie de la guérison. Puissent les théologiens nous donner en effet quelques paroles éclairantes sur ces réalités qui ne sont pas toujours faciles à appréhender. En ce domaine comme en d’autres, il serait pourtant grand temps de dépouiller le christianisme de ses parures occidentales.
Alors, et pour en revenir à la formation : que dans une communauté, le chargé des finances ait quelques notions de comptabilité, sans être forcément un expert-comptable, que le chargé de la communion ait quelques notions de théologie, qu'il ait une certaine connaissance de la Bible, sans être forcément un spécialiste en la matière, cela semble assez évident et relève du simple bon sens. Nous pouvons d'ailleurs d'ores et déjà nous féliciter : de plus en plus d'efforts par rapport à la formation sont réalisés un peu partout, témoin cette situation paradoxale que je veux vous rapporter ici.

Janvier 1994, nous sommes en France, quelques semaines avant le Synode africain. En lien avec cet événement important pour toute l'Eglise en Afrique, l’A.J.A.F. avait organisé à Paris, un colloque sur la responsabilité.
 
 
                                             1994, à Paris, un colloque organisé par l’AJAF
 
Un ancien jéciste camerounais vivant en France depuis plusieurs années, marié, père de famille, a pu participer au colloque les vendredi et samedi, mais le dimanche, il ne pouvait pas être avec nous. Voulez vous savoir pourquoi ? Il suivait une formation, un week-end par mois, au niveau de son diocèse (Créteil). Et ce dimanche là, ils étudiaient le « Credo ». J'ai essayé de le persuader que le Credo n'allait pas changer tout de suite, que le Synode Africain n'était pas une réunion qui se répéterait tous les huit jours... Rien n'y fit : pour lui, la formation qu'il suivait était prioritaire ! N'en doutons pas : lorsqu'un évêque ordonnera un membre d'une communauté pour y assurer le service de la communion et pour présider l'eucharistie, celui-ci aura certainement à cœur de se former, comme cet ancien jéciste camerounais.

En deux ou trois ans, il ne serait pas impossible d'assurer une formation pour de tels chrétiens, appelés par la communauté et par l'évêque. Evidemment il ne serait peut-être pas indispensable, dans un premier temps, de leur apprendre ce que sont un prédicable et un prédicament ! j’ai trouvé ces mots-là, écrits au tableau noir, dans un séminaire, à Mouila, dans les années 1970. Ou de leur passer des films tel que : « Le mariage de Figaro », comme je l’ai vu faire dans un autre séminaire, à Sindara (diocèse de Mouila toujours…).
Dieu merci, tous les séminaires ne ressemblent pas à ceux-là... ! Dans sa Chronique d'un synode, Pierre Schouver5 rapporte les propos d'un évêque de Madagascar :
 
« Mgr Albert Tsiahoana d'Antsiranana présente l'expérience d'un séminaire nouveau style, où les candidats vivent dans des maisons modestes, au milieu des gens. Ils gagnent en partie leur vie en cultivant leurs propres rizières. Les candidats restent proches du peuple malgache, solidaires de ses conditions d'existence. La réflexion théologique part de ces réalités ».
Et Pierre Schouver commente : « une recherche à contre-courant qui a les honneurs de l'aula synodale ! »
 
Dans cette même chronique, Pierre Schouver rapporte aussi :
 
« Mgr Mundu, président de la Conférence des évêques de Zambie, met en évidence les exigences d'un style de vie engagée au service de la justice et de la paix. L'engagement pour la justice et la paix n'est pas seulement l'engagement pour un projet ou un programme, c'est l'engagement pour un style de vie. C'est un engagement d'amour qui suit la conversion à l'Evangile... C'est un style de vie qui comporte une compassion spirituelle pour ceux qui souffrent, une solidarité sociale pour rendre plus forts les pauvres et les opprimés, un effort politique pour changer les structures injustes, et un engagement culturel pour la non-violence. Un tel style de vie doit être enseigné, en commençant par la catéchèse de base pour les enfants et doit être un point central de la formation chrétienne des adultes... »[1]
... et pourquoi pas un point central de la formation des « prêtres ». Les points de suspension peuvent nous laisser croire que Mgr Mundu ne les a pas exclus.
 
Question : ces notes de musique venant de Zambie ou de Madagascar seront-elles écoutées et reprises dans le concert de toutes les Eglises ?
 




5 Pierre Schouver, Supérieur général des Spiritains était délégué au Synode pour l’Afrique.
[1] Pierre Schouver, Chronique d’un Synode, Spiritus n°136
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Vous pouvez envoyer vos commentaires à    gerardw@spiritains.org

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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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