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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 15:26
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Chapitre 14
 
Mariage – célibat
 
A ce propos, remarquons pour commencer la diversité des situations. Vous avez le prêtre marié dans les Eglises catholiques orientales, le prêtre célibataire dans l’Eglise catholique romaine. Dans cette même Eglise, vous avez des prêtres ordonnés, sous le régime communiste, en Tchécoslovaquie par exemple : parmi eux, des hommes mariés et une femme, Ludmila Javorova (cf. La Croix du 12 mars 1992). Et toujours dans cette même Eglise occidentale, (pourquoi se voiler la face ?) le prêtre qui devrait être célibataire mais qui vit, au vu et au su de tout le monde, avec femme et enfants, le prêtre qui devrait être célibataire mais qui vit maritalement sans que cela soit connu du grand public. Récemment, quelques femmes de ces prêtres là se sont manifestées publiquement. A vrai dire, elles n’ont pas été très bien reçues au Vatican !

En France, la tolérance est de mise. Brigitte qui vit une histoire d’amour avec un prêtre depuis dix ans fut bien accueillie, en 1998, dans l’émission de Jean Luc Delarue : « Ca se discute ». Le sujet de l’émission était ce soir-là : « Quel avenir pour les prêtres ? ». En 1970, il y avait en France 45000 prêtres. En 1998 il en restait 28000, soit 17000 de moins en 28 ans. Combien en restera-t-il dans 10 ans, dans 20 ans ? Sur le plateau, Jean Luc Delarue avait réuni, outre le responsable national du Service des vocations, trois autres prêtres, un séminariste et une religieuse de 89 ans, tous heureux de vivre dans les conditions qui sont les leurs aujourd’hui. Il y avait aussi Brigitte, compagne secrète d’un prêtre, qui regrettait de n’être pas mieux reçue par les autorités de l’Eglise, deux prêtres qui se sont mariés et qui ont quitté le ministère. Ils étaient là avec leurs épouses. Il y avait encore Estelle, étudiante, toute souriante, fille d’un prêtre et d’une religieuse et Elfriede, mère au foyer, cinq enfants qui souhaiterait pouvoir célébrer la messe avec les enfants à qui elle enseigne le catéchisme et « donner l’absolution et l’extrême-onction aux personnes âgées qu’elle accompagne. Tout ce petit monde fort sympathique a discuté, assez sereinement durant deux heures, sur toutes ces questions de vocation, de mariage et célibat qui intéressent donc nos contemporains. Ce que deviennent les prêtres, ce qu’ils vivent aujourd’hui, ce qu’ils pourraient vivre demain, tout ceci retient de temps en temps l’attention des medias.
Les situations sont diverses et variées, mais le constater ne suffit pas. Il est bon de se référer aussi au Nouveau Testament. Il n’est pas question de relater ici les nombreuses études exégétiques déjà réalisées sur le mariage et sur le célibat. Juste deux citations en rapport avec notre sujet : « prêtre et communauté ».
Commençons par rappeler Matthieu 8,14-15 : « Comme Jésus entrait dans la maison de Pierre, il vit sa belle-mère couchée, et avec de la fièvre. Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta ; elle se leva et se mit à les servir. » Pierre, le premier pape avait donc une belle-mère !

Toujours dans l’évangile de Matthieu, un peu plus loin : « …il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du Royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre » (Mt.19,12). Se rendre soi même eunuque, autrement dit, dans le contexte, ne pas se marier, relève donc d’une décision personnelle. Nous entrons ici dans l’intimité de la personne, en l’occurrence dans ce qu’il y a de plus personnel au niveau de la sexualité et de l’affectivité. Nous voilà loin de tel ou tel service à rendre à la communauté.
Après ce court inventaire des situations rencontrées aujourd’hui, après cette rapide incursion dans l’Evangile, faut-il encore jeter un coup d’œil sur l’histoire ? Jusqu’au troisième siècle, il n’était pas question de prêtres mais plutôt de charismes, de services, de ministres. A partir du troisième siècle ceux qui exercent une fonction dans la liturgie vont devenir des « clercs » et former un clergé. Les autres, ceux qui ne sont pas clercs seront appelés « laïcs ». C’est aussi à partir de cette époque que va commencer un mouvement de sacerdotalisation, à la manière de l’Ancien Testament. Depuis, au cours des 17 siècles passés, cléricalisation et sacerdoce ne vont faire que se renforcer et c’est dans ce cadre que le célibat, recommandé depuis longtemps devient obligatoire pour les prêtres, au concile du Latran, en 1123.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les choses n’ont donc pas toujours été comme elles le sont aujourd’hui. Nous sommes à un moment donné d’une longue évolution. Il est bon d’en prendre conscience et de ne pas avoir peur de relativiser tout ce qui peut l’être, non pas pour revenir à telle ou telle époque passée, mais pour imaginer des solutions pour l’avenir.

Alors, mariage ou célibat ? Je terminerai ce chapitre avec le concile Vatican II. Le décret : « Le ministère et la vie des prêtres » est assez précis. « La pratique de la continence parfaite et perpétuelle… n’est pas exigée par la nature du sacerdoce… ».
C’est clair, il s’agit bien dans l’Eglise latine, d’une question de discipline. Mais terminons la phrase : « elle n’est pas exigée par la nature du sacerdoce, comme le montrent la pratique de l’Eglise primitive et la tradition des Eglises orientales. Celles-ci ont des prêtres qui choisissent, par don de la grâce, de garder le célibat - ce que font les évêques - , mais on y trouve aussi des prêtres mariés dont le mérite est grand. »[1].
A en croire Vatican II, les Eglises orientales sont assez proches de l’évangile. Elles ont des prêtres « qui choisissent ». Ceci ressemble à : « il y en a qui se sont eux-mêmes… ».
Le décret sur la vie et le ministère des prêtres continue : « Le célibat a de multiples convenances avec le sacerdoce… ». On savait que le célibat pouvait avoir des convenances avec le Royaume des cieux, pourquoi n’aurait-il pas des convenances avec le sacerdoce ?

A ce niveau, j’ai alors envie de dire deux choses. Prêtre, célibataire ou marié, là n’est pas le problème. A chacun de se décider : « comprenne qui peut comprendre ! ». C’est une décision personnelle.
Par contre, sacerdoce ou ministère ? Dans le titre : ministère… dans le texte : sacerdoce. C’est beaucoup moins clair ! Pourquoi continuer à reprendre le vocabulaire sacerdotal de l’Ancien Testament et du monde païen, alors que pour les juifs, Jésus lui-même n’était pas prêtre ?

Je n’ai pas oublié la question mise en avant dans cette troisième partie. Si c’était à refaire ? Permette- moi de garder mon intimité en ce qui concerne célibat et Royaume. En ce qui concerne célibat et communauté, en admettant qu’un jour, espérons pas si lointain, ma communauté chrétienne me demandait d’assurer le service de la communion et de présider l’eucharistie, je dirai oui mais je ne vois pas de quel droit elle pourrait me demander de me marier ou de rester célibataire !
 

Du célibat au sacré, il n’y a qu’un pas


[1]Le ministère et la vie des prêtres, 16
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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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