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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 11:20
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Chapitre 5
 

Un Royaume à construire
 

Ce que la JEC m’a apporté ? Je voudrais m’attarder un peu maintenant sur un troisième aspect, tout aussi important que les deux premiers, et je crois pouvoir dire que la JEC m’a tout particulièrement ouvert à cette dimension : nous sommes invités à participer à la construction du Royaume de Dieu.

Invités n’est sûrement pas le mot qui convient le mieux quand on lit certains passages de l’Evangile. A ceux qui ne font rien, est réservé un certain endroit : « Là seront les pleurs et les grincements de dents ! » (Matthieu 25,30). Mais en même temps, dans les mêmes évangiles, on ne voit jamais le Christ empoigner quelqu’un par la peau du dos. C’est généralement : « Si tu veux » (Matthieu 19,17)
La Bonne Nouvelle est proposée. Ne faut-il pas se situer au niveau de ces petits enfants qui un jour, dans mon bureau, allongés par terre, feuilletaient chacun un livre d’images, et ne cessaient de s’appeler l’un l’autre, celui-ci pour faire admirer à son voisin, le papillon qu’il avait découvert dans son livre, tandis que l’autre voulait partager son admiration pour l’oiseau qu’il découvrait dans le sien. Il est difficile de se trouver seul devant un spectacle magnifique. Il est des feux d’artifice par exemple qui sont superbes à voir, mais en bonne compagnie !
 

 
N’en est-il pas de même pour la Bonne Nouvelle que le Christ est venu nous annoncer ? Peut-on la garder pour soi ?

L’Esprit qui habitait le prophète Isaïe, habitait aussi Jésus, et nous habite encore aujourd’hui. Cet Esprit de Dieu qui repose sur nous, nous envoie proclamer une Bonne Nouvelle qui ne se réduit pas à des mots : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie... » (Jean 10,10)

Il nous est donc proposé avec insistance de ne pas nous contenter de belles paroles. Avec les jécistes, chaque révision de vie est une occasion qui nous invite à être « levain dans la pâte », à « être le sel de la terre ». Cette terre, depuis Jérusalem jusqu’à ses extrémités est appelée à devenir le Royaume de Dieu. Si le Christ lui-même a inauguré ce nouveau règne, il nous invite à poursuivre son oeuvre avec lui.

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Voici une révision de vie, particulièrement réussie ! Nous sommes toujours à Libreville. Certains collégiens et lycéens ont une fâcheuse habitude : jouer les cascadeurs. De quoi s’agit-il ? Les bus scolaires qui transportent les élèves depuis leurs établissements jusque dans certains quartiers de la ville sont pris d’assaut. Jouant avec leur vie, quelques-uns n’hésitent pas à monter sur le toit du bus. Les accidents, avec des blessés et parfois avec des morts, ne les empêchent pas de prendre des risques fous. A la suite d’un de ces nombreux accidents, un comité JEC prend l’événement comme sujet de révision de vie. Voir, Juger, Agir. J’arrive dans le comité, vers la fin de la réunion, pour entendre quelqu’un faire le résumé suivant : « on va conscientiser les autres ». Et on se met debout pour la prière finale ! Je leur demande si malgré l’heure tardive, ils peuvent se rasseoir et m’expliquer. « On va conscientiser les autres ». On, c’est qui ? Conscientiser : comment ? Les autres : quels autres ?

Bonnes questions ! Réponse : « Mon père, nous allons reprendre tout cela la semaine prochaine ».

Effectivement, ils se sont remis à l’ouvrage la semaine suivante, et le résultat fut assez remarquable. Constatant leur petit nombre, une douzaine, ils comprirent qu’ils ne pourraient pas conscientiser les autres tout seul. D’autant que les autres, ce n’étaient pas seulement les élèves cascadeurs. Ils voulaient mettre dans le coup les établissements scolaires, élèves et professeurs, la compagnie de bus Sotraville, les parents… Il fut alors décidé d’organiser dans un maximum de classes, un concours : qui dessinerait l’affiche la plus convaincante sur le thème : « ne risquons pas de perdre notre vie » ?
Le comité connaissait une jéciste qui avait pour amie la fille du directeur de Sotraville. Facile alors de contacter ce directeur qui fut d’accord pour payer l’imprimerie quand la meilleure affiche fut choisie. L’artiste fut récompensé, les affiches distribuées à travers la ville.

Voilà comment ce comité a réussi à être « levain dans la pâte », comment il a réussi à mettre en mouvement toute une longue liste de personnes. Le résultat en chiffres par rapport au nombre d’accidents est bien sûr impossible à donner, mais créer un mouvement en faveur du respect de la vie, voilà bien qui rejoint le Christ venu pour que les hommes aient la vie.

Etre « levain dans la pâte », « sel de la terre », « lumière du monde », être au service de la société, tout cela peut vite s’oublier ! Le risque existe toujours de laisser cette mission que le Christ nous a confiée pour nous renfermer sur la recherche du bon fonctionnement de notre communauté, de notre mouvement, de notre paroisse. A nous de lire et de relire les paroles fortes de Jésus. A nous de retenir aussi les exemples vivants que nous pouvons avoir sous les yeux aujourd’hui.

Quand Jacques Gaillot, l’évêque d’Evreux, en France, sortait de sa cathédrale pour aller « s’égarer » comme le pensaient certains, dans des milieux peu habitués à rencontrer des chrétiens, et encore moins des évêques, ne se mettait-il pas au service de la société ? Aujourd’hui, évêque de Partenia, le voilà à plein temps au service de la société ! Ne donne-t-il pas une impulsion à une Eglise qui devrait être toujours mieux porteuse d’une bonne nouvelle pour tous ? Le sel n’est pas fait pour la salière, il est fait pour les aliments.

Dans la JEC, avec la révision de vie, nous avions un autre outil pour être mieux au service de la société : la Campagne d’Année. Aumônier national de la JEC-Gabonaise durant une quinzaine d’années, j’ai participé, année après année, à l’élaboration de ce que nous appelons la Campagne d’Année. Lors des Conseils Nationaux, tous les deux ans, le Bureau National et les responsables des comités, prenant conscience des problèmes de société touchant particulièrement les jeunes, proposent, pour toute une année, un sujet de réflexion et d’action. Les comités sont alors incités, à travers tout le pays, à retenir de préférence, comme sujets de révision de vie, des faits en rapport avec la Campagne d’Année. La lutte contre l’échec scolaire a particulièrement retenu l’attention de tous, deux années durant, au lieu d’une habituellement. D’autres sujets me reviennent à l’esprit : « Lutte contre le vagabondage sexuel, les MST et le sida », « Soyons responsables », etc.
 

 
Cette Campagne d’Année : « Soyons responsables » avait porté des fruits visibles. Bien des jécistes avaient pris effectivement des responsabilités. A la maison, ils se sentaient responsables de la réussite dans les études de leurs jeunes frères et sœurs. Ils n’hésitaient pas à leur consacrer du temps pour des explications dans telle ou telle matière. Au lycée, plusieurs avaient accepté des responsabilités dans leur classe. Dans les comités, chacun était responsable de quelque chose. Les « chargés de » ceci ou cela avaient fleuri. Pas d’inactifs ! Dans la communauté paroissiale, beaucoup s’étaient aussi investis à différents niveaux, selon leurs compétences et leurs goûts. Aux Rois Mages, une dizaine de jécistes étaient devenus des « accompagnateurs » des équipes d’enfants (CV-AV). Plusieurs ont pris l’engagement de participer à l’éveil de la foi des plus petits, d’autres sont devenus catéchistes au niveau des enfants du primaire.

   

 
 
 
 
 
 
Fête de l’amitié organisée par les CV - AV
Une dizaine de jécistes étaient devenus  « accompagnateurs » 
des équipes d’enfants (CV-AV)
 
Des photos de la Fête de l'Amitié en 1973... Cliquer sur  Fête de l'Amitié

Des photos de la Fête de l'Amitié en 1974... Cliquer sur  Fête de l'Amitié

Des photos de la Fête de l'Amitié en 1975... Cliquer sur  Fête de l'Amitié

Des photos de la Fête de l'Amitié en 1976... Cliquer sur  Fête de l'Amitié

Des photos de la Fête de l'Amitié (années 80) Cliquer sur Fête de l'Amitié

 

 


« Etre responsable », une Campagne d’Année qui avait eu du succès, peut-être parce que, être responsable, c’est grandir à ses propres yeux, aux yeux des autres et aux yeux de Dieu qui nous a fait à son image.

Construire le Royaume de Dieu, c’est être attentif d’abord à ceux qui souffrent. S’engageant sur la lancée des grands prophètes de la première Alliance, Jésus s’est employé à « proclamer aux captifs la libération, et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil pour le Seigneur » (Luc 4,18).

Je vous le disais plus haut : la plupart des étudiants Africains en France connaissent les difficultés de tous les étudiants mais à celles-ci, il faut ajouter l’éloignement de la famille et les problèmes dus à la vie au sein d’une culture pas toujours très accueillante ! Ceux qui souffrent sont plus nombreux qu’il n’y paraît !
Quand j’étais à l’aumônerie catholique des étudiants Africains sur l’Ile de France, je me souviens de P., étudiante béninoise, jeune fille tranquille qui avait trouvé une chambre chez une dame, à Paris, moyennant quelques travaux et la garde, le soir, d’un enfant de dix ans. Un jour, je la vois arriver à l’aumônerie, excédée, au bord de l’explosion. Elle était vraiment exploitée par cette dame, et elle en tremblait. Plus tragique encore, une autre jeune fille s’est retrouvée à l’hôpital. Elle avait voulu mettre fin à ses jours. Que faire ? On ne peut pas changer la société d’un seul coup de baguette magique, mais on peut déjà écouter. Celui qui n’en peut plus est souvent heureux de trouver une oreille attentive. Et quand on peut le mettre en contact avec l’AJAF, il trouve plusieurs oreilles attentives ! Autrement dit, il trouve un climat d’amitié, de confiance qui lui permet au moins de se relever et de repartir peut-être d’un bon pied. La petite communauté spiritaine de Chevilly, à laquelle j’appartenais alors fut aussi un havre de paix pour un bon nombre d’étudiants en difficulté.
 
 
 
 
 A Chevilly Larue, chez les spiritains :
une communauté accueillante
 
 

 
 
Est-il besoin d’ajouter que la révision de vie nous habitue à rechercher les causes du fait retenu ? Il ne suffit pas de porter rapidement un jugement moral. Il faut encore se demander : « pourquoi cela est-il arrivé ? ». Et même aller au pourquoi du pourquoi ? En prenant le temps de rechercher les causes lointaines, on se donne la possibilité d’agir au moins à un niveau. Car nous voulons passer à l’action. Nous ne voulons pas nous entendre traiter de « serviteur bon à rien » (Matthieu 25,30). Même si nous constatons qu’il est de plus en plus difficile d’agir pour transformer le monde, ceci n’est pas une raison pour le fuir. Jésus n’a pas reculé. Avec lui, nous ne pouvons qu’aller de l’avant.

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Vous pouvez envoyer vos commentaires à   gerardw@spiritains.org

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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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