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3 septembre 2006 7 03 /09 /septembre /2006 18:22

PREMIERE   PARTIE

 

 

 

Façonnés par la JEC

 

 

 

 

 

Solange et Marcel sont Camerounais. Ils se sont mariés dans les années quatre-vingt, à Yaoundé.

 

 


 

 

 

 

 

Solange a été membre de la Jeunesse Etudiante Chrétienne camerounaise durant ses années d’études secondaires et universitaires. Elle a été dans l’équipe nationale de la JEC camerounaise de1983 à 1989.

 

Nous avons fait connaissance au Conseil Mondial de Louvain (Belgique), en 1986. La délégation du Gabon dont je faisais partie en tant qu’aumônier, et celle du Cameroun avaient sympathisé.

 



 

 

A Louvain, les délégations camerounaise et gabonaise

 
 
 
 
 
 



Pique nique, lors de la clôture du Conseil.







 
 
 
 
 
 
En 1997, nous nous sommes retrouvés à Abidjan pour la première Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (RAJA) et en 1999, j’ai encore retrouvé, à Yaoundé, Solange et Marcel, à l’occasion de la deuxième Assemblée Générale du RAJA. J’ai même eu alors la joie de passer huit jours chez eux, avant l’ouverture de l’Assemblée.
 
Durant ces huit jours, j’ai accompagné plusieurs fois Solange dans les différentes démarches qu’elle avait entreprises pour le bon déroulement de l’Assemblée Générale. Aux uns et aux autres, je l’ai entendue expliquer : « La JEC nous a tellement apportés, nous voulons, maintenant que nous sommes entrés dans la vie active, apporter ce que nous pouvons, aux jécistes d’aujourd’hui et nous ne voulons pas perdre notre idéal... »
 
« La JEC nous a tellement apportés »
 
Nous nous sommes promis, lors de l’Assemblée de Yaoundé, de mettre, chacun, par écrit, quelques lignes sur ce sujet. L’âge moyen des membres du RAJA se situe entre trente et quarante ans. Je suis un des plus âgés puisque je viens de vivre trente ans, comme aumônier, avec des jécistes, au Gabon de 1971 à 1991 et en France de 1991 à aujourd’hui (2003).
 
Qu’est-ce que la JEC m’a apporté ? Je voudrais essayer de répondre ici à cette question. On la posait un jour devant moi, à brûle-pourpoint, à un jeune ancien jéciste. Il répondit : « La JEC m’a appris à parler en public  ! » Personnellement, elle m’a apporté quelques autres petites choses... Mais avant de les préciser, il est peut-être bon que je vous fasse part de mes premiers pas dans la vie chrétienne et de vous dire rapidement quelques mots sur ma vie d’apprenti prêtre.
 
En réalité, il n’est pas facile de délimiter précisément ce que la JEC apporte. Nous ne sommes pas fabriqués comme des armoires à tiroir ! Il ne suffit pas d’ouvrir le tiroir JEC et de recopier. Pour saisir comment la JEC façonne une personnalité, il faut fouiller un peu dans le passé et il faut prendre le temps de voir comment plusieurs rencontres, plusieurs éléments se sont imbriqués, comment plusieurs influences se sont combinées. C’est au fil des années que petit à petit le « VOIR - JUGER - AGIR » devient, non plus seulement une méthode, une pédagogie, mais plutôt une seconde nature !

Voir :  
Et :
 




Chapitre 1
 
 
 
L’apprentissage
 
 
 
Un petit retour en arrière. C’est en terminale à Haffreingue-Chanlaire, collège catholique à Boulogne-sur-mer que j’ai découvert la JEC. C’était en 1960.
 
Dans le cadre du collège http://www.nazareth-haffreingue.com/ , l’abbé Cornet avait rassemblé une dizaine d’intéressés. J’en étais. C’est avec lui que j’ai fait mes premiers pas dans la JEC. A vrai dire, quelque quarante ans après, je dois avouer que mes souvenirs sont très vagues ! J’étais un peu timide et je ne devais pas m’exprimer beaucoup dans ce petit groupe. Je ne dirais pas que la JEC m’a appris à parler en public. Ce fut d’ailleurs un passage trop bref. En d’autres circonstances, plus tard, il a bien fallu que je prenne la parole en public... Mais je comprends, en me souvenant de cette brève initiation, la difficulté que certains peuvent avoir à parler, même en petit comité.
 
Je ne peux passer sous silence d’autres éléments qui m’ont influencé à l’époque.
 
Le scoutisme : de la quatrième à la terminale, j’ai vécu le scoutisme d’alors qui a eu le mérite de nous donner le sens de l’effort, de la débrouillardise au sens où l’on a appris à se servir de ses mains, et le sens de la vie en équipe. Il était alors question non pas d’équipe, mais de « patrouille ». Durant ces années, j’ai connu l’Eglise surtout à travers l’organisation d’une troupe scoute, où l’aumônier avait un rôle à jouer tout comme le chef de troupe et les chefs de patrouille. L’aumônier vivait avec tout le monde. Je ne me souviens pas qu’il était « au-dessus » de qui que ce soit.
 
         


   
 
 
  Camp  scout    (1959)
 
  
 
A Haffreingue-Chanlaire, en terminale, c’est l’abbé Noyer qui nous a initiés à la philosophie. Avec une très grande ouverture d’esprit qu’il n’a perdue ni en vieillissant, ni en devenant évêque d’Amiens ! Un jour, en salle d’étude, il m’a surpris en train de lire « France-Observateur ». Je croyais que j’allais entendre tout un sermon... Il m’a simplement demandé de ranger cet hebdomadaire (subversif à l’époque !)


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Les terminales, en 1960-1961. L’abbé Noyer est assis, en bas, à gauche.

Je vous laisse le soin de me trouver !
 



  Avec Jacques Brel, on chantait « Quand on n’a que l’amour », avec Brassens, on chantait « Le gorille » ou « La complainte des filles de joie ». Nous avions alors cette chance d’avoir des chanteurs qui nous faisaient comprendre l’évangile de façon plus vivante que bien des leçons de catéchisme !
 
           

                
 

Quand on a que l'amour :

 

 

 

 

 
 
 

 
 

  Le gorille    

 

 

 

 

 
Après les études secondaires, changement de décor. Je suis entré chez les Spiritains : une année de noviciat, deux années de philosophie et quatre années de théologie, sans oublier le service militaire, transformé en temps de « coopération » à Libreville.
 
Les trois premières années chez les Spiritains furent plutôt pénibles. Formation à l’ancienne, avec des énormités qu’il serait déplacé de rapporter ici ! Juste une petite parenthèse bénéfique qui mérite d’être signalée : au premier congé, après l’année de noviciat et la première année de philo, nous pouvions passer quelques semaines en famille. J’en ai profité pour faire un saut à Lille où le Père Delattre, spiritain, organisait chaque année, une courte session sur le thème : « Action Catholique et Mission ». Je me souviens de deux interventions, celle de l’abbé Decourtray, futur évêque de Lyon, et celle de Faustin Togolo, jociste du Togo. Cette session fut un bol d’air frais entre deux années de philosophie thomiste.
 
 
 
De 1966 à 1970, ce fut la théologie à Chevilly-Larue. La vie y était à peu près normale. Naturellement, les études étaient plutôt théoriques mais cette formation intellectuelle était complétée par des temps passés en paroisse. Et si au début, je devais me contenter des deux heures de catéchisme aux enfants, le mercredi matin, les deux dernières années, chaque jour, en fin d’après-midi, je partais en mobylette pour Villejuif, dans les Lozaits, rue Karl Marx, rue Saint-Exupéry, rue Jean Mermoz.... J’ai eu cette très grande chance de passer quatre années sur la paroisse Sainte Colombe de Villejuif. Le Père Claude Dubuc m’a formé à l’enseignement du catéchisme, à l’Action Catholique de l’Enfance (ACE), à la préparation des parents au baptême de leurs enfants... Et le Père Christian, un saint, m’a influencé autant que Brassens !
 
 
 
  

 

Le Père Christian à Villejuif

 
 
 

 
 

27 juin 1982, 50 ème anniversaire de l'odination du P. Christian

Voir aussi :  
 
 
Ce que je retiens de ces quatre années passées à Villejuif, c’est, entre autres, la philosophie du MIDADE (Mouvement International D’Apostolat Des Enfants) et donc de l’ACE, affiliée au MIDADE : les enfants ne sont pas l’Eglise de demain. A leur niveau, ils sont eux aussi, l’Eglise d’aujourd’hui. Ils transforment le monde et en font le Royaume de Dieu, tout comme les jeunes et les adultes. Difficile de dissocier ce que la JEC m’a apporté de ce que l’ACE m’a apporté !
 
Voir : http://www.ace.asso.fr/

En deux ans, dans les tours et les immeubles des Lozaits et des alentours, nous avons créé une douzaine d’équipes de J2. C’était, au début des années soixante l’appellation des équipes d’Action Catholique des Enfants. Au Gabon, l’appellation Cœurs Vaillants – Ames Vaillantes des débuts est restée. Au Cameroun, il est question de « Cop’monde », à Madagascar d’Ibalita, etc. Peu importe l’étiquette, variable d’un pays à un autre, l’idéal est toujours le même : à tout âge, on peut, on devrait vivre au quotidien en harmonie avec l’évangile. A tout âge, on peut, on devrait arriver à dire comme Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20).
 
De ces quatre années à Sainte Colombe, j’ai retenu un art de vivre : le Père Claude et le Père Christian m’ont donné tous deux, chacun selon son tempérament, le témoignage peu banal d’une foi vécue. Je vois encore aujourd’hui, le Père Claude expliquant à des parents qu’il n’était pas tout à fait déraisonnable de baptiser leur bébé, comme ils le demandaient... à condition toutefois qu’ils sachent ensuite lui expliquer, le temps venu, la portée du geste. Il imaginait le bébé devenu enfant et il imitait à merveille cet enfant en train de féliciter ses parents : « Ah comme j’ai de la chance d’avoir de tels parents qui n’ont pas perdu de temps, qui m’ont baptisé au plus vite, qui m’ont mis dès le départ entre les mains de Celui qui nous fait vivre.... ».
 
Je vois aussi le Père Christian, en vélo sur la route, expliquant qu’en vélo, on a le temps de dire bonjour... Il m’a emmené aux halles de Rungis, à quatre heures du matin. Pas facile pour un séminariste qui ne manie que le bic, de boire à cette heure-là un verre de vin blanc avec une saucisse-frites !
 
Le Père Claude a quitté Villejuif. Je l’ai retrouvé trente ans plus tard à Vitry. Le Père Christian a quitté cette terre. Son livre « Les Pauvres à la porte » fait partie des livres que j’ai toujours à portée de la main. A Villejuif, j’ai encore des « amis de trente ans », et même de plus de trente ans... Chaque équipe d’enfants (J2) était accompagnée par un adulte. Etre avec les enfants nous avait alors rapprochés, et nous nous retrouvons encore aujourd’hui. Bernard, Monique, Simone, Françoise et ses parents habitent toujours à Villejuif. C’est fort de ces exemples, de cette formation que j’ai quitté cette localité. Après une mémorable paella, au 71 Avenue Karl Marx, les amis m’avaient accompagné jusqu’à l’aéroport du Bourget.
 
 
 
J’y ai pris l’avion et je me suis retrouvé dans un tout autre cadre : à Mouila, une petite bourgade dans le Sud Gabon.
 


J’y ai passé une année, en stage, officiellement pour apprendre une langue : le punu. Je suis arrivé là-bas avec ma valise : vingt kilos. Le reste des bagages est arrivé bien plus tard. J’avais un cahier, un bic, un petit magnétophone et un peu de bonne volonté. Un peu seulement : j’ai plutôt appris à boire le vin local, le moussoungou, vin de canne à sucre, en allant à pied (encore mieux qu’en vélo !), chaque matin, saluer, chez eux, les uns et les autres avec celui qui m’apprenait la langue, De Mbaïo.
 
 
 
                              
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Les petits tours au quartier, et le moussoungou !

 
 
 
Comme vous pouvez l’imaginer, les petits tours à pied n’étaient pas la seule leçon que j’avais retenue de Sainte Colombe. Je me suis empressé de répartir en petites équipes, la centaine de Cœurs Vaillants et d’Ames Vaillantes qui se retrouvaient ensemble, une fois par semaine, en fin d’après-midi, dans la cour de l’école.
 
La répartition en équipe s’est faite par quartier. Pour souder l’équipe, rien de tel qu’un travail fait ensemble. Certains habitants de Mouila avaient un jardin dans leur concession. Et pourquoi chaque équipe de CV-AV ne se trouverait-elle pas un terrain ? Pourquoi chaque équipe n’aurait-elle pas son jardin ? La proposition fut adoptée.
  
 
                    
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les  jardins
 
 
 
Les difficultés ne manquèrent pas et je compris par la suite que ce n’était pas forcément une bonne idée. Mais le travail et les difficultés ont renforcé les liens entre les membres de chaque équipe, et même entre les équipes. De plus, chaque samedi soir, à tour de rôle, une équipe organisait dans son quartier, un feu de camp. Danses et saynètes, même déjà vues vingt fois nous réjouissaient toujours.
 
 
 
Sans être plus long, quittons l’ACE, quittons les équipes de Mouila et arrivons à Libreville. Nous sommes en 1971.
 
 
 
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Vous pouvez envoyer vos commentaires à gerardw@spiritains.org


La suite au chapitre 2

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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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