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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 14:54
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Chapitre 10
 
Des eucharisties vivantes
 
Tous les dimanches, j’ai présidé l’eucharistie qui rassemblait, dans l’église paroissiale, une bonne partie des chrétiens appartenant aux différentes communautés d’adultes, sans oublier les autres qui n’appartenaient pas spécialement à une communauté.
Quelquefois, trop rarement malheureusement, j’ai présidé l’eucharistie le soir en semaine, dans l’une ou l’autre communauté. Je dis malheureusement, car je trouve bien dommage que dans notre Eglise, nous n’ayons pas tellement l’habitude de rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous donne de vivre. Nos liturgies avec leurs formules toutes prêtes ne nous poussent pas à célébrer la vie. J’ai donc gardé un souvenir très précis de ces eucharisties où chacun avait le goût de participer pleinement. Evidemment une messe de ce genre pouvait durer longtemps. Je nous revoie encore, vers les années 75, dans la communauté de « Fin de Goudron » : commencée vers 21 heures, la messe s’est terminée vers 24 heures : une grand messe ! Une grand-messe des plus vivantes parce qu’elle était en lien direct avec la vie de tous les participants.
« Nourris d’un même pain, joyeux d’un même vin, nous sommes le corps du Christ... » : on a chanté sur tous les tons les grains de blé et les grains de raisin... Mais il ne suffit pas de chanter ! Il nous faut prendre conscience encore mieux de la réalité profonde qu’est l’eucharistie, du lien qu’il y a entre le Corps et le Sang du Christ présents sur l’autel et le Corps du Christ dont parle Saint Paul aux Corinthiens : « Vous êtes le Corps du Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part » (I Corinthiens 12,27). Je ne vous étonnerai pas en vous disant que ce chapitre 12, nous l’avons lu et relu tout au long de ces années.
Si l’eucharistie n’était plus célébrée, la communauté chrétienne finirait par ressembler à n’importe quel club. D’ailleurs, certains se posent déjà la question : l’Eglise ne finira-t-elle pas par changer d’identité ?
Vatican II nous a aidés à percevoir l’Eglise comme communauté, comme communion. Il nous faudra prendre encore davantage conscience, dans les années à venir, du rapport étroit, intime qu’il y a entre une communauté et l’eucharistie. Il faudra bien un jour trouver des mots simples, pour expliquer simplement, au catéchisme par exemple, ce passage de Lumen Gentium :
 
« En participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, les fidèles offrent à Dieu la divine Victime et eux-mêmes avec elle. Ainsi tous, aussi bien par l’offrande que par la sainte communion, jouent dans l’action liturgique le rôle qui leur est propre, non pas indistinctement, mais chacun à sa manière. De plus, en se nourrissant du Corps du Christ dans la sainte communion, ils manifestent concrètement l’unité du peuple de Dieu qui, dans ce sublime sacrement, est convenablement signifiée et merveilleusement réalisée. » [1]
 
Ce double mouvement d’offrande et de don est-il vraiment compris par tous ? L’unité du peuple de Dieu est convenablement signifiée et merveilleusement réalisée dans ce sublime sacrement, est-elle vraiment appréhendée ainsi par la majorité des pratiquants ? Ne parlons pas de ceux qui ne pratiquent plus ! Aujourd’hui, nous trouvons dans notre besace les textes de Vatican II, mais il faut bien constater que notre héritage ne se réduit pas à Vatican II.
 
- Quand je suis arrivé au Gabon, j’ai commencé par faire une année de stage dans le sud du pays. Un brave père m’a initié au métier. Beaucoup, et moi-même le premier, avions une grande estime pour ce prêtre. Il avait pourtant la fâcheuse habitude de saluer les gens, tout au long de la semaine, par un bonjour, suivi la plupart du temps d’une question qui était en même temps un reproche : « Tu n’étais pas à la messe dimanche ? »
 
- Si certains n’y vont plus, d’autres parlent encore de « leur messe » : « Je vais assister à ma messe »
 
- L’argent et la messe : ces jours-ci, un prêtre a eu devant moi un raccourci malencontreux : parmi les rentrées d’argent, il y avait : « les messes » (il voulait dire les honoraires de messe). Il existe des paroisses au Gabon, qui vivent, financièrement, grâce à l’appui d’une menuiserie ou d’une fabrique de parpaings. Il en est d’autres qui vivent grâce aux messes de Requiem qui sont « dites » ou « chantées » chaque soir.
 
- Un jeune Gabonais qui vit en France depuis quelques années, me disait qu’il n’allait plus trop à la messe, « parce que, ce qu’on enseigne là-bas... ». Ce n’est donc pas l’aspect repas du Jeudi Saint ou le côté don-offrande qui l’avait tellement frappé, mais plutôt un enseignement désuet ! Il est vrai que dans certaines églises, l’autel est devenu un véritable bureau où l’on trouve, souvent en désordre, livres et papiers... C’est tout juste s’il reste une place pour le pain et le vin !
 
On peut tout de même se réjouir du fait que le prêtre ne tourne plus le dos au peuple... On revient de loin... Mais il est évident que nous n’en avons pas encore fini avec des conceptions qui ne faisaient pas spécialement le lien entre l’eucharistie et la communauté. Et pourtant, les communautés chrétiennes à taille humaine se multiplient à travers le monde. Quel dommage alors de voir qu’on a fait du prêtre l’homme orchestre qui doit s’occuper de mille et une choses, alors qu’il pourrait, tout simplement, à sa place dans la communauté, au milieu des autres, assurer convenablement un service bien précis : présider l’eucharistie qui signifie et réalise la communion dans la communauté et entre les communautés.
Pour en revenir au passage de Lumen Gentium cité plus haut, je voudrais dire ici que nous avons essayé, dans nos communautés, au fil des années, non pas tellement de faire des cours ou des discours, mais que nous avons plutôt essayé comme bien d’autres, de rendre nos célébrations toujours plus vivantes, toujours plus priantes. Les lecteurs, les chorales, les chants, les prières universelles où transparaît la vie du monde d’aujourd’hui, tout cela était suivi de très près par les « chargés de la liturgie » de chaque communauté.
 
 
« En participant au sacrifice eucharistique, source et sommet de toute la vie chrétienne, ils offrent à Dieu la Divine Victime et eux-mêmes avec elle » : nous avons souvent mis en valeur la procession d’offertoire, occasion de montrer, par le fait déjà de venir jusqu’à l’autel, que nous offrons à Dieu ce que nous sommes et ce que nous avons fait. Une année, lors de la journée bilan, au mois de juin, chaque communauté avait fait de gros efforts d’imagination pour trouver un objet symbolisant une des principales actions réalisées au cours de l’année, action menée en vue de construire le Royaume de Dieu, Royaume de vérité, de justice, de liberté, de paix, en un mot, d’amour.
 
Il n’est pas toujours facile de trouver un objet qui puisse symboliser ce qui a été fait dans ce sens et qui sera déposé sur l’autel. La communauté Sainte Anne, avec les jécistes, avait construit et reconstruisait tous les deux ans à peu près, un long passage sur un terrain marécageux entre Akébé-Plaine et Akébé-Ville. Ce n’était pas le pont de la rivière Kwai mais c’était quand même un certain travail qui permettait à bien des gens de traverser l’endroit sans mettre les pieds dans la boue.
 
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La petite maquette du « pont » en question, déposée sur l’autel, rappelait vraiment la somme de travail dépensée au service du prochain.
 
Avec les équipes de jeunes, nous insistions aussi, le plus souvent possible, sur l’offrande. « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire ». Pour que cela devienne une habitude, chaque dimanche, le comité de jécistes qui était plus spécialement chargé de l’animation de la messe des jeunes, était invité à présenter rapidement, au micro, pendant l’offertoire, une action transformatrice qu’il avait réalisée et qu’il offrait tout spécialement au Père, par le Fils, avec Lui, et en Lui...
 
J’ai eu la chance de pouvoir rester assez longtemps à Libreville pour être témoin de certaines évolutions très gratifiantes pour un prêtre. En 1978, le nouveau responsable national de la JEC rassemble son bureau et précise à chacun les tâches qu’il aura à accomplir. Il arrive à l’aumônier et sans aucune hésitation, voilà qu’il avance, en me regardant : « Quant à l’aumônier, il est chargé des tâches matérielles ! ». C’était ma première réunion au Bureau National... çà ne s’oublie pas  ! Dieu merci, dix ans après, la responsable d’alors avait trouvé moyen, elle, de compléter le fameux VOIR, JUGER, AGIR. Elle avait pensé qu’il n’était pas plus mal de dire : VOIR, JUGER, AGIR, CELEBRER. Et nous avons lu dans le Rapport Moral cité plus haut :
 
« Beaucoup de comités ont répondu favorablement à l’appel du Bureau National. C’est ainsi que certains comités ont pu organiser des célébrations d’actions. A titre d’exemple, en 1987 - 1988, les comités Sainte Marie, Quaben et Saint Pierre ont organisé une célébration commune, de même que les comités d’Akébé. Le Bureau National a également fixé une date nationale de célébration d’actions (le 17 avril). Ceci dans le but de stimuler, d’encourager les jécistes à célébrer davantage leurs actions. »
 
Les actions de type caritatif étaient évidemment les plus nombreuses, mais notre réflexion et notre action ne s’arrêtaient pourtant pas là. Voici quelques exemples de ce que nous appelons chez les jécistes, des « actions transformatrices ». Il s’agit de transformer notre société pour faire advenir le Royaume de Dieu.
Plusieurs membres de la communauté « Derrière l’église » étaient voisins. Ils se sont entendus pour payer ensemble un compteur d’eau et avoir ainsi un robinet extérieur commun pour plusieurs familles. Cette petite transformation ne dira peut-être pas grand-chose à ceux qui ont un ou plusieurs robinets dans leur maison et qui n’ont plus à s’occuper de la corvée d’eau. Quand on ne doit plus aller à la pompe, c’est pourtant un grand soulagement, même si par ailleurs, quand la facture d’eau arrive ... d’autres problèmes surgissent. Comment partager la facture ? La communion n’est jamais acquise une fois pour toutes !
 
Autre transformation : en 1990, nous avons vécu à Libreville et à Port-Gentil, des scènes d’émeutes accompagnées de pillages. Quelques responsables de communauté avaient suggéré un thème de réflexion pour le mois. Ils avaient vu des chrétiens piller des magasins et voulaient poser la question : un chrétien a-t-il le droit de piller ? En discutant avec eux, j’avais réussi à transformer un peu le questionnaire : au lieu de porter un jugement moral sur certaines personnes, ce que pouvait faire après tout, n’importe quel enfant, ne valait-il pas mieux se demander pourquoi ces personnes en arrivent à piller ?
Il s’en est suivi toute une longue réflexion sur la politique. Il a fallu beaucoup de temps et de discours pour persuader certains que la politique pouvait se comprendre d’une façon positive. Ceux-là avaient commencé par affirmer hautement qu’ils ne faisaient pas de politique, qu’ils n’en feraient jamais, qu’un chrétien ne pouvait pas se mêler à de tels mensonges... Les qualificatifs pour décrire la politique étaient tous plus négatifs les uns que les autres. En 1994, pendant mon court séjour à Libreville, quelqu’un m’a rappelé les propos qu’il tenait alors, mesurant lui-même avec étonnement, sa propre évolution !
 
Quittons un peu les communautés d’adultes, et allons faire un petit tour chez les enfants.
 
Pour faciliter la réalisation d’actions transformatrices, au niveau des équipes d’enfants, j’avais inventé, en m’inspirant du Voir-Juger-Agir, la méthode des « 4R » : Regarde, Raconte, Réfléchissons, Réagissons. Chaque enfant devait, au cours de la semaine, regarderautour de lui pour essayer de remarquer et de relever « des choses pas très bonnes », à l’école, à la maison, au quartier. Lors de la réunion hebdomadaire qui regroupait tous les enfants de l’équipe (entre 10 et 20), chacun racontait aux autres ce qu’il avait vu. Choisissant alors un des événements relatés, ils réfléchissaient ensemble sur l’affaire : pourquoi cela est-il arrivé ? Qu’est-ce que le Christ en pense ? Enfin, le dernier « R » : réagissons. Qu’allons nous faire ? Etant entendu qu’à la réunion suivante, l’équipe aurait à faire une petite évaluation de l’action entreprise. Soulignons aussi que chaque équipe se faisait un point d’honneur à mettre par écrit, rapidement, l’essentiel de ce qui avait été dit et conclu sur chacun des « R ».
C’est ce qui me permet de vous transmettre ici, tels quels, les résumés de deux actions transformatrices menées par deux équipes.
 
 
REGARDE, RACONTE
Un jeune garçon de 18 ans a interrompu ses études parce qu’il était malade. Aujourd’hui, cela fait quatre ans qu’il n’apprend plus et vu son âge, il serait mieux qu’il travaille ou qu’il aille dans un centre de formation professionnelle.
 
REFLECHISSONS. POURQUOI CELA EST-IL ARRIVE ?
Il n’aime pas l’école, l’école est trop dure.
Qu’est-ce que le Christ en pense ?
Ce jeune garçon doit travailler pour lui-même et pour sa famille.
 
REAGISSONS
Nous lui avons écrit le 14-2-1988, pour qu’il comprenne que c’est son bonheur de travailler.
Il nous a écrit d’aller chez lui. Nous sommes allés le 21-2-88 à 15 h.30, au nombre de six personnes. Il nous a bien reçu. A la fin de la conversation, il nous avait remercié en nous promettant de chercher du travail.
Equipe de la Bonne Entente.
 
 
 
REGARDE, RACONTE
Mardi, il y a deux filles qui se sont battues en classe, Paola et Alice.
 
REFLECHISSONS. POURQUOI CELA EST-IL ARRIVE ?
C’est arrivé parce que Alice cherchait 500 F CFA (= 5 F.F.). Paola trouva 500 F par terre et dit que c’était pour elle. Lorsque Alice apprit que Paola avait 500 F, la bagarre commença.
Qu’est-ce que le Christ en pense ?
Le Christ pense que Paola devait lui rendre son argent, et qu’elle a désobéi à un de ses commandements.
 
REAGISSONS
Nous allons dire à Paola de rendre à Alice son argent et prochainement de ne plus continuer.
(C’est ce que nous avons fait. Alice a rendu l’argent)
 
                                   Equipe des Servantes de Marie 1
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 Boite-31--046.jpg
Une équipe de CV
 
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Boite-31--047.jpg
Une équipe d'AV
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« Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire ». Dans nos petites communautés à taille humaine, nous pouvons être écoutés, parler, discuter, nous pouvons nous transformer, transformer le monde, nous pouvons offrir ces transformations à Dieu : le sacrement de l’eucharistie est là pour ça. Et en même temps, le Christ, Parole de Dieu, Pain vivant, se donne à nous pour faire de nous des hommes nouveaux, pour nous recréer.


Voici quelques extraits d'une messe aux Rois Mages. Un jour de fête puisque c'est le jour de l'Epiphanie (en 2001).

 


Remarquez comment la bible est apportée, en procession, dans un pannier ! (Souvenir d'un temps pas si lointain ...)

Num-riser0001.jpg
 
[1] Vatican II, Lumen Gentium n°11
 
 
 
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Une pause, toujours avec les enfants et les jeunes…

Voici une série de vielles photos qui ne sont pas trop mal conservées !

 

Dans les années 70, une activité a connu un grand succès durant les périodes de vacances : la confection de tableaux « fils et clous » !

Non seulement il y avait la satisfaction d’avoir réalisé quelque chose de beau, mais il y avait aussi le plaisir de gagner un peu d’argent : les artistes allaient vendre leurs œuvres ! Et certains savaient y faire…

Quelques photos qui datent de cette époque :

 

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Vous pouvez envoyer vos commentaires à  gerardw@spiritains.org

Suite au chapitre 11


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Published by Gérard Warenghem - dans joie-en-communaute
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