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Mardi 5 septembre 2006
SOMMAIRE
 
Préface de Jacques Gaillot                                                                           
Introduction   (Vidéo)                                                          
                                                                 
 
1ère partie : Façonnés par la JEC                     
 
1. L’apprentissage   (Vidéo)                                                 
2. A pied d’œuvre   (Vidéo)                                                     
3. Vivre ensemble                                                        
4. Faire l’unité en soi même   (Article de P. Benga Tonangoye)                                
5. Un Royaume à construire                                            
 
2ème partie :
Prêtre au service de la communauté
 
7. Les commencements    (7 vidéos)                                                
8. La communion dans et entre les communautés  (Vidéo)          
9. L’évangile au quotidien                                              
10. Des eucharisties vivantes  (video)                                      
 
 
3ème partie : Si c’était à refaire…                
 
12. L’appel                                                                     
13. Le travail - La formation du prêtre                             
14. Mariage et célibat                                                  
15. Mon rapport au sacré                                               
16. Contre l’autonomisation du prêtre, membre de la communauté.  (Vidéo)                                                     
17. Une bonne nouvelle pour chaque jour                        
 
 
Conclusion      
_____________________________________________________________________ 
 
COMMENTAIRES :
 
Kisito Owona + ajout de janvier 2007
 
 
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Les videos
par Gérard Warenghem publié dans : joie-en-communaute
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Lundi 4 septembre 2006
PREFACE
 
 
            Il est passionnant de découvrir la germination d’une Eglise qui naît d’en bas, où l’on pressent que beaucoup de choses deviennent possibles. Une Eglise de petites communautés aux multiples liens, qui écoute avant de parler, qui accueille avant de juger, qui pose des exigences plus que des frontières. Une Eglise des humbles commencements qui nous dévoile la présence du Ressuscité marchant à nos côtés et nous rend le cœur brûlant.
 
            Avec les yeux ouverts et le cœur libéré, Gérard qui est heureux d’être spiritain, nous donne envie de faire partie de ces communautés au souffle de l’Esprit, où des hommes et des femmes qui croient au Christ, se retrouvent sur pied d’égalité, sans préséance ni hiérarchie, quelles que soient leurs responsabilités.
 
            Il a passé trente ans de sa vie avec des jeunes, dont vingt ans avec la Communauté des Rois Mages de Libreville. Avec la JEC, il a trouvé une nouvelle famille qui lui apportera tant !
 
            Son cœur est peuplé de visages de jeunes accueillis, écoutés, aimés… Son inlassable activité missionnaire qui le conduira à participer à des rencontres internationales ne se fera pas sans connaître des épreuves et des ennuis de santé. Mais sa passion de l’Evangile pour ceux que le monde délaisse, demeurera en lui comme un feu dévorant. Gérard parle en homme d’expérience et de terrain qui sait dévoiler avec simplicité les traits de l’Eglise de demain à partir des communautés, ainsi que la place et le rôle des prêtres au service de ces communautés.
            Notre époque est passionnante parce qu’elle nous oblige à innover, à prendre des initiatives, à faire du neuf. Concernant les prêtres, on ne peut plus se contenter de prolonger un système qui s’essouffle ou de reproduire des modèles périmés. Il ne suffit plus d’attendre que viennent des jours meilleurs. Ce n’est pas en remettant du liquide dans un tonneau percé qu’on le répare. Nous sommes invités à mettre le vin nouveau dans des outres neuves.
 
            A partir des communautés et de leur service pourquoi ne pas appeler des hommes et des femmes, célibataires ou mariés, ayant des engagements professionnels ou familiaux qui ne seraient plus nécessairement à vie dans l’Institution ?
 
            On ne devrait plus parler de clercs et de laïcs, mais plutôt de chrétiens parmi lesquels quelques-uns deviendraient prêtres. C’est à partir des besoins des communautés (et des communautés très diversifiées) que des chrétiens se proposeraient ou seraient appelés à devenir prêtres.
 
            Le temps est venu de sortir des constats pour vivre des réponses. Les communautés présentées dans ce livre ne nous disent pas qu’aller au grand large c’est trouver le grand calme. La vie au souffle de l’Esprit n’est pas sans vent ni tempête. Mais il y a toujours chez elles, le goût et la volonté de retrouver la source, le jaillissement de la vie : « Je suis venu pour que les gens aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance », dit Jésus (Jean 10,10)
                                                                      Jacques Gaillot
                                                                      Evêque de Partenia
 
 

 
Jacques Gaillot, lors de l’Assemblée Générale
de Partenia 2000, avril 2006
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INTRODUCTION
 
 
Trois parties constituent ce modeste ouvrage qui se veut un plaidoyer pour une certaine façon de s’organiser en Eglise.

 
En 1999, Geneviève, de la communauté Saint François Xavier, aurait aimé écrire un livre sur les communautés ! Eh bien, en 2003, je l'ai écrit. Le voici.
Geneviève dit beaucoup, en peu de mots : "Quand on rencontre un autre membre d'une autre communauté, on est renforcé !"
 
En réalité, la première partie : « Façonnés par la JEC »devait être la seule. Quand je me suis mis à écrire, j’étais parti pour consigner simplement un témoignage assez court qui devait répondre à cette question précise : « Qu’est-ce que la JEC m’a apporté ? »
 
Des jeunes Africains qui viennent de quitter la Jeunesse Etudiante Chrétienne, parce qu’ils sont entrés dans la vie active, se sont mis en réseau dans le but de ne pas perdre l’idéal qui les a animés durant leurs études. C’est dans le cadre de ce réseau que la question a été lancée, étant entendu qu’un jour ou l’autre, lorsque les témoignages rassemblés seront assez nombreux, un recueil sera confectionné et mis à la disposition de ce mouvement d’Action Catholique bien connu en Afrique. Ce sera, pensons-nous, une façon de rester au service de la JEC, qui nous a formés.
 
Je viens de passer une trentaine d’années avec des jécistes, au Gabon et en France. Il m’était difficile de faire court ! Difficile aussi de trancher ! Comment séparer la JEC du reste : de la formation reçue, des personnes rencontrées, des événements vécus ? En réfléchissant sur la question :« Qu’est-ce que la JEC m’a apporté ? », je me suis trouvé obligé de survoler mon parcours personnel. La JEC, et quelques autres éléments m’ont façonné, nous ont façonnés, et ont contribué à privilégier une façon de s’organiser en Eglise. La deuxième partie en est une illustration.
En 1995, j’avais écrit quelques pages sur ce que j’avais pu vivre dans les communautés chrétiennes que nous avions créées sur notre paroisse, à Libreville. J’avais intitulé ces souvenirs et certaines réflexions qu’ils m’avaient inspirés : « Jéricho », à cause du rempart qui s’écroula là-bas…
Vous ne voyez pas le rapport ? Vous allez comprendre ! En vingt ans, nous avons créé sur une paroisse de trente mille habitants environ, quatorze petites communautés. Ce n’est pas un exploit, mais quatorze, c’est trop pour un seul prêtre, dans la mesure où celui-ci est considéré comme quelqu’un qui a pour fonction d’être au service de la communion dans la communauté. Regrettant d’être devenu un touriste dans les communautés, je préconisais la solution suivante : que chaque communauté se trouve un chargé de la communion et que l’évêque l’ordonne pour ce travail. Bien sûr, aujourd’hui, cette façon de faire n’a plus cours, et nous savons combien il est difficile de changer des habitudes. Il est des murs difficiles à abattre. Mais à Berlin… à Jéricho…
Bref, continuant à souffler du cor, comme à Jéricho, j’ai repris quelques-unes de ces réflexions.« Prêtre au service de la communauté », c’est ainsi que j’ai tenté d’être prêtre jusqu’ici, c’est aussi le titre de ladeuxième partie.
 
 
Alors que j’écrivais les dernières lignes, je lisais, comme par hasard, dans l’une des nombreuses revues qui garnissent ma table de chevet, un dossier sur les prêtres. Dans ce dossier, Laure Caumont, qui fut professeur à l’Institut Catholique de Paris, propose une étude : « Jalons historiques ». Autrement dit : le prêtre à travers les âges ! Son article m’a donné envie d’aller fouiller un peu dans l’histoire et de faire quelques comparaisons entre ce que nous pouvons vivre aujourd’hui et ce qui a pu se vivre à d’autres époques. Les études et les ouvrages sur les ministères dans l’Eglise d’hier et d’aujourd’hui ne manquent pas. Dans la bibliographie qui accompagne son article, Laure Caumont cite une quinzaine de livres. Imprégné de la méthode Voir, Juger, Agir, je me suis surpris non seulement à comparer des situations actuelles et passées, mais aussi à envisager l’avenir et l’Agir.« Si c’était à refaire » : voilà le titre de la troisième partie de mon propos.
 
 
Tout au long des pages qui suivent, vous aurez l’occasion de lire aussi ce qu’écrivaient eux-mêmes, des membres de la JEC, des équipes d’enfants ou des communautés : nous avons vécu ensemble les mêmes réalités, pourquoi ne pas leur laisser ici une place en conséquence ?
Vous pourrez lire ce qu’écrivait, au terme de son mandat, une responsable nationale de la JEC Gabonaise. C’était en 1989.
Et même si c’est un peu long, j’ai tenu à vous rapporter, le plus souvent tels quels, de larges extraits de ce qu’écrivaient les communautés en 1983, quand elles se sont mises à écrire leur histoire, après dix ans d’existence, pour les plus anciennes.
 
 

 
 
Nous sommes des milliers de prêtres à travers le monde, et il existe donc des milliers de façons d’être prêtre ! En voici une ! En bon jéciste, je suis parti généralement des situations vécues pour poser des questions : quelle communauté ? Avec quel prêtre ? Vers quelle société ? Sans occulter certaines déceptions, je pense avoir plutôt relevé des situations heureuses, proches de l’évangile. Des situations, des façons de faire qui permettent d’espérer qu’au jour le jour, la famille des chrétiens sera de moins en moins considérée pour elle-même et qu’elle sera de plus en plus porteuse d’une Bonne Nouvelle pour tous. Le sel n’est pas fait pour la salière, il est fait pour les aliments.
 
« En l’Afrique ou en Europe » … Voilà qui paraîtra ambitieux ! L’Afrique est immense : cinquante quatre pays, un peu plus de trente millions de kilomètres carrés, trois fois l’Europe. Il serait sans doute préférable de dire « au Gabon ou en France ». Mais en même temps, grâce à la JEC et au Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique, mon horizon s’élargit chaque jour : les nombreuses rencontres internationales, les séjours chez les amis au Togo, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, ainsi que les Rwandais, Togolais, Camerounais, Nigérians, Ghanéens, Ougandais, Tchadiens retrouvés en France, en Suisse, en Belgique, aux Pays-Bas, toutes ces relations me permettent de parler « Afrique » et « Europe », sans oublier pour autant qu’il s’agit de deux continents bien distincts. Il suffit de le préciser et de toujours garder en tête l’idée que la diversité des situations est quasiment infinie ! En même temps, comme nous chantons partout : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême », une communauté chrétienne à Hesdin l’Abbé (diocèse d’Arras) en France et une communauté chrétienne à Akébé (diocèse de Libreville) au Gabon, se ressemblent comme deux sœurs !
(Juillet 2003)


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par Gérard Warenghem publié dans : joie-en-communaute
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Dimanche 3 septembre 2006
PREMIERE   PARTIE
 
 
 
Façonnés par la JEC
 
 
 
 
 
 
 
Solange et Marcel sont Camerounais. Ils se sont mariés dans les années quatre-vingt, à Yaoundé. Solange a été membre de la Jeunesse Etudiante Chrétienne camerounaise durant ses années d’études secondaires et universitaires. Elle a été dans l’équipe nationale de la JEC camerounaise de1983 à 1989.
 
Nous avons fait connaissance au Conseil Mondial de Louvain (Belgique), en 1986. La délégation du Gabon dont je faisais partie en tant qu’aumônier, et celle du Cameroun avaient sympathisé.
 
  
 
A Louvain, les délégations camerounaise et gabonaise




 
 
 
 
 
 
 



Pique nique, lors de la clôture du Conseil.








 
 
 
 
 
 
 
En 1997, nous nous sommes retrouvés à Abidjan pour la première Assemblée Générale du Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (RAJA) et en 1999, j’ai encore retrouvé, à Yaoundé, Solange et Marcel, à l’occasion de la deuxième Assemblée Générale du RAJA. J’ai même eu alors la joie de passer huit jours chez eux, avant l’ouverture de l’Assemblée.
 
Durant ces huit jours, j’ai accompagné plusieurs fois Solange dans les différentes démarches qu’elle avait entreprises pour le bon déroulement de l’Assemblée Générale. Aux uns et aux autres, je l’ai entendue expliquer : « La JEC nous a tellement apportés, nous voulons, maintenant que nous sommes entrés dans la vie active, apporter ce que nous pouvons, aux jécistes d’aujourd’hui et nous ne voulons pas perdre notre idéal... »
 
« La JEC nous a tellement apportés »
 
Nous nous sommes promis, lors de l’Assemblée de Yaoundé, de mettre, chacun, par écrit, quelques lignes sur ce sujet. L’âge moyen des membres du RAJA se situe entre trente et quarante ans. Je suis un des plus âgés puisque je viens de vivre trente ans, comme aumônier, avec des jécistes, au Gabon de 1971 à 1991 et en France de 1991 à aujourd’hui (2003).
 
Qu’est-ce que la JEC m’a apporté ? Je voudrais essayer de répondre ici à cette question. On la posait un jour devant moi, à brûle-pourpoint, à un jeune ancien jéciste. Il répondit : « La JEC m’a appris à parler en public  ! » Personnellement, elle m’a apporté quelques autres petites choses... Mais avant de les préciser, il est peut-être bon que je vous fasse part de mes premiers pas dans la vie chrétienne et de vous dire rapidement quelques mots sur ma vie d’apprenti prêtre.
 
En réalité, il n’est pas facile de délimiter précisément ce que la JEC apporte. Nous ne sommes pas fabriqués comme des armoires à tiroir ! Il ne suffit pas d’ouvrir le tiroir JEC et de recopier. Pour saisir comment la JEC façonne une personnalité, il faut fouiller un peu dans le passé et il faut prendre le temps de voir comment plusieurs rencontres, plusieurs éléments se sont imbriqués, comment plusieurs influences se sont combinées. C’est au fil des années que petit à petit le « VOIR - JUGER - AGIR » devient, non plus seulement une méthode, une pédagogie, mais plutôt une seconde nature !
 
 
 
Chapitre 1
 
 
 
L’apprentissage
 
 
 
Un petit retour en arrière. C’est en terminale à Haffreingue-Chanlaire, collège catholique à Boulogne-sur-mer que j’ai découvert la JEC. C’était en 1960.
 
 

 
 
 
Les terminales, en 1960-1961.L’abbé Noyer est assis, en bas, à gauche.
 
Je vous laisse le soin de me trouver !
 
 
 
Dans le cadre du collège ( http://www.haffreingue-chanlaire.com/ ), l’abbé Cornet avait rassemblé une dizaine d’intéressés. J’en étais. C’est avec lui que j’ai fait mes premiers pas dans la JEC. A vrai dire, quelque quarante ans après, je dois avouer que mes souvenirs sont très vagues ! J’étais un peu timide et je ne devais pas m’exprimer beaucoup dans ce petit groupe. Je ne dirais pas que la JEC m’a appris à parler en public. Ce fut d’ailleurs un passage trop bref. En d’autres circonstances, plus tard, il a bien fallu que je prenne la parole en public... Mais je comprends, en me souvenant de cette brève initiation, la difficulté que certains peuvent avoir à parler, même en petit comité.
 
Je ne peux passer sous silence d’autres éléments qui m’ont influencé à l’époque.
 
Le scoutisme : de la quatrième à la terminale, j’ai vécu le scoutisme d’alors qui a eu le mérite de nous donner le sens de l’effort, de la débrouillardise au sens où l’on a appris à se servir de ses mains, et le sens de la vie en équipe. Il était alors question non pas d’équipe, mais de « patrouille ». Durant ces années, j’ai connu l’Eglise surtout à travers l’organisation d’une troupe scoute, où l’aumônier avait un rôle à jouer tout comme le chef de troupe et les chefs de patrouille. L’aumônier vivait avec tout le monde. Je ne me souviens pas qu’il était « au-dessus » de qui que ce soit.
 
           
 
 
 
Camp  scout    (1959)
 
  
 
A Haffreingue-Chanlaire, en terminale, c’est l’abbé Noyer qui nous a initiés à la philosophie. Avec une très grande ouverture d’esprit qu’il n’a perdue ni en vieillissant, ni en devenant évêque d’Amiens ! Un jour, en salle d’étude, il m’a surpris en train de lire « France-Observateur ». Je croyais que j’allais entendre tout un sermon... Il m’a simplement demandé de ranger cet hebdomadaire (subversif à l’époque !)
 
Avec Jacques Brel, on chantait « Quand on n’a que l’amour », avec Brassens, on chantait « Le gorille » ou « La complainte des filles de joie ». Nous avions alors cette chance d’avoir des chanteurs qui nous faisaient comprendre l’évangile de façon plus vivante que bien des leçons de catéchisme !
 
           

                
 
Quand on a que l'amour, voir : http://www.youtube.com/watch?v=HTokvxPuxKI

 

 

 

 

 
 
 

 
 

  Le gorille  voir :  http://www.youtube.com/watch?v=jeYt5XsEwTY

 

 

 

 

 
Après les études secondaires, changement de décor. Je suis entré chez les Spiritains : une année de noviciat, deux années de philosophie et quatre années de théologie, sans oublier le service militaire, transformé en temps de « coopération » à Libreville.
 
Les trois premières années chez les Spiritains furent plutôt pénibles. Formation à l’ancienne, avec des énormités qu’il serait déplacé de rapporter ici ! Juste une petite parenthèse bénéfique qui mérite d’être signalée : au premier congé, après l’année de noviciat et la première année de philo, nous pouvions passer quelques semaines en famille. J’en ai profité pour faire un saut à Lille où le Père Delattre, spiritain, organisait chaque année, une courte session sur le thème : « Action Catholique et Mission ». Je me souviens de deux interventions, celle de l’abbé Decourtray, futur évêque de Lyon, et celle de Faustin Togolo, jociste du Togo. Cette session fut un bol d’air frais entre deux années de philosophie thomiste.
 
 
 
De 1966 à 1970, ce fut la théologie à Chevilly-Larue. La vie y était à peu près normale. Naturellement, les études étaient plutôt théoriques mais cette formation intellectuelle était complétée par des temps passés en paroisse. Et si au début, je devais me contenter des deux heures de catéchisme aux enfants, le mercredi matin, les deux dernières années, chaque jour, en fin d’après-midi, je partais en mobylette pour Villejuif, dans les Lozaits, rue Karl Marx, rue Saint-Exupéry, rue Jean Mermoz.... J’ai eu cette très grande chance de passer quatre années sur la paroisse Sainte Colombe de Villejuif. Le Père Claude Dubuc m’a formé à l’enseignement du catéchisme, à l’Action Catholique de l’Enfance (ACE), à la préparation des parents au baptême de leurs enfants... Et le Père Christian, un saint, m’a influencé autant que Brassens !
 
 
 
  

 
 
 

Le Père Christian à Villejuif

 
 
 

 
 
 

27 juin 1982, 50 ème anniversaire de l'odination du P. Christian

 
 
 
Ceque je retiens de ces quatre années passées à Villejuif, c’est, entre autres, la philosophie du MIDADE (Mouvement International D’Apostolat Des Enfants) et donc de l’ACE, affiliée au MIDADE : les enfants ne sont pas l’Eglise de demain. A leur niveau, ils sont eux aussi, l’Eglise d’aujourd’hui. Ils transforment le monde et en font le Royaume de Dieu, tout comme les jeunes et les adultes. Difficile de dissocier ce que la JEC m’a apporté de ce que l’ACE m’a apporté !
 
En deux ans, dans les tours et les immeubles des Lozaits et des alentours, nous avons créé une douzaine d’équipes de J2. C’était, au début des années soixante l’appellation des équipes d’Action Catholique des Enfants. Au Gabon, l’appellation Cœurs Vaillants – Ames Vaillantes des débuts est restée. Au Cameroun, il est question de « Cop’monde », à Madagascar d’Ibalita, etc. Peu importe l’étiquette, variable d’un pays à un autre, l’idéal est toujours le même : à tout âge, on peut, on devrait vivre au quotidien en harmonie avec l’évangile. A tout âge, on peut, on devrait arriver à dire comme Saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20).
 
De ces quatre années à Sainte Colombe, j’ai retenu un art de vivre : le Père Claude et le Père Christian m’ont donné tous deux, chacun selon son tempérament, le témoignage peu banal d’une foi vécue. Je vois encore aujourd’hui, le Père Claude expliquant à des parents qu’il n’était pas tout à fait déraisonnable de baptiser leur bébé, comme ils le demandaient... à condition toutefois qu’ils sachent ensuite lui expliquer, le temps venu, la portée du geste. Il imaginait le bébé devenu enfant et il imitait à merveille cet enfant en train de féliciter ses parents : « Ah comme j’ai de la chance d’avoir de tels parents qui n’ont pas perdu de temps, qui m’ont baptisé au plus vite, qui m’ont mis dès le départ entre les mains de Celui qui nous fait vivre.... ».
 
Je vois aussi le Père Christian, en vélo sur la route, expliquant qu’en vélo, on a le temps de dire bonjour... Il m’a emmené aux halles de Rungis, à quatre heures du matin. Pas facile pour un séminariste qui ne manie que le bic, de boire à cette heure-là un verre de vin blanc avec une saucisse-frites !
 
Le Père Claude a quitté Villejuif. Je l’ai retrouvé trente ans plus tard à Vitry. Le Père Christian a quitté cette terre. Son livre « Les Pauvres à la porte » fait partie des livres que j’ai toujours à portée de la main. A Villejuif, j’ai encore des « amis de trente ans », et même de plus de trente ans... Chaque équipe d’enfants (J2) était accompagnée par un adulte. Etre avec les enfants nous avait alors rapprochés, et nous nous retrouvons encore aujourd’hui. Bernard, Monique, Simone, Françoise et ses parents habitent toujours à Villejuif. C’est fort de ces exemples, de cette formation que j’ai quitté cette localité. Après une mémorable paella, au 71 Avenue Karl Marx, les amis m’avaient accompagné jusqu’à l’aéroport du Bourget.
 
 
 
J’y ai pris l’avion et je me suis retrouvé dans un tout autre cadre : à Mouila, une petite bourgade dans le Sud Gabon.
 
J’y ai passé une année, en stage, officiellement pour apprendre une langue : le punu. Je suis arrivé là-bas avec ma valise : vingt kilos. Le reste des bagages est arrivé bien plus tard. J’avais un cahier, un bic, un petit magnétophone et un peu de bonne volonté. Un peu seulement : j’ai plutôt appris à boire le vin local, le moussoungou, vin de canne à sucre, en allant à pied (encore mieux qu’en vélo !), chaque matin, saluer, chez eux, les uns et les autres avec celui qui m’apprenait la langue, De Mbaïo.
 
 
 
                              
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
Les petits tours au quartier, et le moussoungou !
 
 
 
Comme vous pouvez l’imaginer, les petits tours à pied n’étaient pas la seule leçon que j’avais retenue de Sainte Colombe. Je me suis empressé de répartir en petites équipes, la centaine de Cœurs Vaillants et d’Ames Vaillantes qui se retrouvaient ensemble, une fois par semaine, en fin d’après-midi, dans la cour de l’école.
 
La répartition en équipe s’est faite par quartier. Pour souder l’équipe, rien de tel qu’un travail fait ensemble. Certains habitants de Mouila avaient un jardin dans leur concession. Et pourquoi chaque équipe de CV-AV ne se trouverait-elle pas un terrain ? Pourquoi chaque équipe n’aurait-elle pas son jardin ? La proposition fut adoptée.
 
 
 
                    
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les  jardins
 
 
 
Les difficultés ne manquèrent pas et je compris par la suite que ce n’était pas forcément une bonne idée. Mais le travail et les difficultés ont renforcé les liens entre les membres de chaque équipe, et même entre les équipes. De plus, chaque samedi soir, à tour de rôle, une équipe organisait dans son quartier, un feu de camp. Danses et saynètes, même déjà vues vingt fois nous réjouissaient toujours.
 
 
 
Sans être plus long, quittons l’ACE, quittons les équipes de Mouila et arrivons à Libreville. Nous sommes en 1971.
 
 
 
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Samedi 2 septembre 2006
Chapitre 2
 
A pied d’œuvre !
 
Octobre 1971 : après mes études secondaires, après dix ans de philosophie, de théologie et de stages divers, jeune prêtre, ordonné en 1969, j’arrive enfin, aux Rois Mages, une paroisse qui recouvre un vaste quartier de Libreville : Akébé. Environ 40 000 habitants. On parle volontiers des Etats-Unis d’Akébé !
C’est alors une paroisse toute nouvelle, encore peu organisée. Le responsable, le Père Fernand Legagneur vient de passer beaucoup de temps et de consacrer beaucoup d’énergie au sauvetage des enfants victimes de la guerre au Biafra. Beaucoup sont évacués sur un hôpital construit pour eux dans la banlieue de Libreville. Quantité d’enfants y sont arrivés entre la vie et la mort.
Aux Rois Mages, tout ou presque était à créer. Mais comme par hasard, il existait un comité JEC, et Fernand me demanda d’en être l’aumônier. Pas de problème ! Ce fut pour moi, le début d’une histoire qui n’est pas encore terminée, aujourd’hui, en l’an 2002 !
Je fais donc connaissance avec ce comité. Chaque semaine, une quinzaine de jeunes gens et de jeunes filles, de 18-20 ans, se retrouvent sur la terrasse de notre maison d’habitation. Cette terrasse sert aussi de lieu de réunion. Les trois premiers mois, je les regarde, je les écoute, cherchant à comprendre ce qui les anime. J’avoue que je ne comprends pas très bien... Ils récitent une prière au début, une prière à la fin, mais entre les deux, je ne vois pas ce qu’ils font : certains passent leur temps à lire des bandes dessinées, d’autres bavardent de tout et de rien...
Petit à petit, remarquant que le responsable est un garçon de bonne volonté, je lui propose : « Et si nous préparions ensemble ces réunions ? ». Et nous voilà embarqués dans la révision de vie : « Voir, Juger, Agir » devient le leitmotiv. Je ne résiste pas au plaisir de vous partager ici le premier résultat de cette nouvelle façon de faire.
Les jeunes de ce comité étudiaient presque tous au Lycée d’Etat voisin. Je résume donc une des toutes premières révisions de vie.
Voir: durant la récréation, des lycéens se sont rués sur la cuvette de gâteaux qu’une femme vendait à l’entrée du lycée. Cela arrive souvent. Les femmes qui vendent les beignets ne peuvent rien faire face à une dizaine de jeunes...
Juger : l’incorrection de ces jeunes pénalise ces femmes qui n’ont que cette seule ressource pour vivre... Facile de voir ce que le Christ en pense...
Agir : on va voir le proviseur et lui demander de construire une barrière à l’entrée du lycée. Cette barrière, fermée durant la récréation, protégera les commerçantes. Le proviseur est d’accord. La barrière est construite.
Voilà comment une révision de vie débouche sur une action transformatrice. Tout le monde y gagne : les femmes qui vendent leurs beignets en toute tranquillité et les lycéens qui peuvent se rassasier. 

Aimé Jacques et Céline faisaient partie de ce comité ...


 

Je vous disais qu’Akébé est un vaste quartier. Il faut dire aussi que la jeunesse gabonaise est très nombreuse. Le seul lycée technique de Libreville comptait 6000 élèves dans les années 80. En 1991, quand j’ai quitté Akébé, j’y ai laissé onze comités JEC. Entre 1971 et 1991, nous sommes donc passés de un à onze comités, ce qui n’est pas beaucoup en vingt ans, compte tenu de la foule des lycéens et collégiens, sans oublier les universitaires. Mais onze comités, avec douze jécistes par comité, en moyenne, c’est beaucoup pour un seul aumônier... Au cours des premières années, je pouvais être membre à part entière d’un comité. Je participais à la révision de vie et à toute la réunion. Mais par la suite, la semaine n’ayant que sept jours, plusieurs comités ont dû se passer de la présence active d’un aumônier. J’essayais de passer, de faire un tour !
Plus ou moins présent dans les comités de base de ma paroisse, je me suis retrouvé, de plus, aumônier national de la JEC gabonaise de 1975 à 1991. Durant toutes ces années, le mercredi soir, j’ai participé à la réunion du Bureau National qui anime toute la JEC du Gabon : il existe des comités à travers tout le pays, dans le secondaire et à l’université. Chaque année, le Bureau National prévoit une Campagne d’Année : thème de réflexion et d’action proposé à tout le mouvement. Un Conseil National se tient tous les deux ans : les délégués des différents comités font le point, se donnent des orientations, élisent un responsable national. Pour mieux saisir les préoccupations qui étaient alors les nôtres, vous trouverez, à la fin de cette première partie, un extrait du Rapport Final du Conseil National que la JEC Gabonaise avait tenu en juillet 1989 : le Rapport Moral de la présidente sortante, Georgette Ngabolo.
La JEC existe dans une quarantaine de pays en Afrique, et dans une centaine de pays à travers le monde. Avec les responsables nationaux de la JEC Gabonaise, j’ai eu la chance de participer à des rencontres panafricaines (Yaoundé 1978 ; Nairobi 1984 ; Namur 1986) et à des rencontres mondiales (Valladolid 1978 ; Montréal 1982 ; Bruxelles 1986).
 

 
1986, les responsables féminines des JEC africaines à Bruxelles
 
 
La chance, car se retrouver durant un mois avec quelque 300 personnes venues du monde entier, c’est passionnant. Pendant que le Québécois et le Catalan se montrent préoccupés par des problèmes politiques…, le jeune venu de l’Inde est attentif au dialogue intereligieux, tandis que le jeune brésilien et le jeune paraguayen ont peur de rentrer au pays où la répression sévit…
 
1991, changement de décor : retour en France. J’étais revenu pour six mois, mais j’y suis encore ! J’y ai tout de suite retrouvé une dizaine de jécistes, gabonais évidemment, mais aussi sénégalais, ivoiriens, camerounais, centrAfricains, ougandais. Parmi eux, Georgette Ngabolo, étudiante en psychologie à Nice. C’est elle qui a eu l’idée, en 1991, de créer une amicale des anciens jécistes. Cette idée a finalement donné naissance à deux réalités : l’Association des Jécistes Africains en France (AJAF) et le Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique (RAJA).
L’AJAF : des anciens jécistes venus continuer leurs études en France, se sont aperçus un jour qu’ils n’étaient pas des « anciens » jécistes, mais qu’ils étaient plutôt des jécistes Africains en France. Je suis avec eux, comme aumônier, depuis 1991.
 

 
Avec  l’AJAF
 
Le RAJA : tandis que certains étudiants se proposaient de poursuivre leurs engagements de jécistes, en France, d’autres, en Afrique, entrés dans la vie active, approuvent l’idée de Georgette. Avec Lazare Animako, lui aussi, en France, non pas pour des études, mais comme Secrétaire Général de la JEC Internationale, avec tous ceux qui, à travers une dizaine de pays en Afrique, ont manifesté le désir de garder leur idéal après avoir quitté les bancs de l’université, nous avons donc mis sur pied un réseau des anciens jécistes d’Afrique. En 1997, à Bengerville, près d’Abidjan, nous avons tenu la première Assemblée Générale de ce Réseau.
 

Avec  le  RAJA
 
 
 
 
 
 
Un film sur la première Assemblée Générale du RAJA
 
 
 
Une deuxième Assemblée Générale s’est tenue à Yaoundé en 1999, et la prochaine devrait avoir lieu en 2002.
 
 
 
Voilà donc, le plus rapidement possible et à gros traits, mon parcours.
 
Je voudrais maintenant tenter de vous dire ce que la JEC m’a apporté. Evidemment, la JEC n’offre pas quelque chose de tout cuit sur un plateau. C’est plutôt un idéal que l’on s’efforce d’atteindre. Mais le fait de se retrouver chaque semaine pour « faire révision de vie » peut aider à avancer sur la route choisie.
 
 
Réunis pour la Révision de vie, à Akébé
 
Au cours de mes premières années à Akébé, disons tant qu’il n’y avait que quatre ou cinq comités, je faisais réellement partie de ces comités. Je pouvais participer à leur vie. En France, avec un seul groupe, l’AJAF, depuis dix ans, il m’est possible également de prendre part à la vie du groupe, même si en France, nous rencontrons un autre inconvénient. Les membres de l’Association résident un peu partout à travers le pays. Il n’est pas question de se retrouver chaque semaine : les déplacements sont longs et coûtent cher ! Alors, dans la mesure où j’ai pu participer réellement à la vie de tel ou tel comité, je dirais que la JEC m’a appris à avancer sur quatre points :
 
            Vivre ensemble, toujours mieux...
            Faire l’unité en soi même
            Un Royaume à construire
            Une façon de s’organiser en Eglise

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par Gérard Warenghem publié dans : joie-en-communaute
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Vendredi 1 septembre 2006
Chapitre 3
 
Vivre ensemble, toujours mieux.
 
Faire partie d’un comité d’une dizaine de personnes qui se retrouvent chaque semaine, c’est être amené à partager chaque fois un peu plus. On se connaît de mieux en mieux, on aborde plus facilement des questions plus personnelles, à condition bien sûr de jouer le jeu de la révision de vie.
Se retrouver pour papoter ne suffit pas ! Un exemple : des universitaires qui habitaient tous Akébé avaient décidé de créer un comité « JEC-U (universitaire) - Quartier », ne voyant pas pourquoi il leur faudrait rejoindre chaque semaine le comité « JEC-U campus ». Ce nouveau comité bien sympathique se réunissait le dimanche après-midi, et chaque fois, une des filles prenait le relais pour confectionner et amener un gâteau. Mais ce comité n’a pas duré longtemps : le dimanche après-midi convient plutôt à la détente, et le gâteau n’arrangeait pas les choses. Prendre le temps de partager sur ce que l’on a vécu durant la semaine écoulée, c’est un peu plus exigeant. Le « Comité - gâteau » n’a pas vécu longtemps !
C’est exigeant mais aussi très enrichissant. Le Gabon n’est pas un grand pays mais il y a tout de même une quarantaine de langues, et donc un certain nombre de cultures plus ou moins différentes. Réunis autour d’une table, en comité, les jécistes d’un comité, à Libreville, représentaient non seulement plusieurs établissements scolaires mais aussi plusieurs régions du pays. En France, l’AJAF réunit des étudiants de plusieurs pays : Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Ouganda, Gabon, Rwanda, République Démocratique du Congo, etc... Vivre ensemble, c’est déjà écouter et chercher à comprendre ce qui se passe dans un autre établissement scolaire, dans une autre région du pays, dans un autre pays plus ou moins voisin. Entre Dakar et Libreville, il y a environ 3500 kilomètres à vol d’oiseau. (Il y en a environ 2500 entre Paris et Moscou).
Mais faire partie d’un comité, c’est surtout partager les joies et les peines, les progrès et les difficultés, les soucis divers et variés... Voilà deux ou trois semaines qu’Anatole (c’est son nom !) ne fait plus surface. Ce jeudi, je le vois arriver, et sur un ton sans doute proche de la remontrance, je lui fais remarquer que les absences répétées ne sont pas un signe d’engagement forcené... A son tour, il me rétorque sur un ton plutôt cassant que son oncle est décédé, ce qui explique ses absences. Ce jour-là, je me suis rappelé qu’il faut tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler !
Pour continuer à être concret, je voudrais vous rapporter ici le sujet d’une révision de vie, et surtout les circonstances qui nous y ont amenés. C’est un exemple parmi tant d’autres pour vous montrer comment la JEC m’a appris à « vivre avec ».
N. avait une quinzaine d’années. Elle devait être en 3ème ou en seconde, au Collège Evangélique de Melen (banlieue de Libreville). Ses parents faisaient partie de la Communauté chrétienne de Derrière le Centre Social, devenue par la suite, Communauté Sainte Thérèse. Un matin, son père arrive chez moi, l’air vraiment inquiet. « Voilà quatre jours que N. a disparu ». Sa mère va chaque matin à la gare des bus scolaires, à l’époque, à La Peyrie, en espérant voir N. prendre le bus qui doit l’amener au collège. C’est peine perdue. Que faire ?
Je propose à son père d’aller faire un tour au collège en question. Sur place, l’idée me vient de demander au proviseur l’autorisation de parler aux élèves de la classe de N. Voilà de l’œcuménisme sur le terrain ! Autorisation accordée. Le professeur me laisse volontiers prendre sa place. J’explique aux élèves la situation et l’inquiétude des parents, et je leur demande si par hasard, ils n’ont pas une petite idée sur ce qu’est devenue leur camarade
Je remarque alors parmi les élèves une jéciste du Comité « Akébé - ville » qui me regarde avec insistance et qui hésite à lever la main. Je l’encourage :
- Oui, H., tu sais où elle se trouve ?
- Je crois qu’elle est chez son Jo, à Akébé Poteaux.
Le professeur intervient alors : « H., va les conduire là-bas. »
Effectivement, N. était bien chez « son Jo ». On dit aujourd’hui « petit ami »... Tout est bien qui finit bien. Plus de peur que de mal !
L’après-midi du même jour, je retrouve H. à la réunion du Comité d’Akébé-Ville. Révision de vie. Tour de table : chacun raconte un événement qu’il a vécu durant la semaine. H. nous raconte une bagarre qu’elle a vue, au marché, à propos d’un régime de bananes. Je n’ai pas pu m’empêcher de raconter l’histoire que nous avions vécu le matin même. Et c’est cette fugue qui a retenu l’attention de tous. Nous avons passé l’après-midi à essayer de réfléchir en chrétien sur cet événement.
J’ai demandé à H. pourquoi elle avait retenu une bagarre au marché plutôt que la fugue de N. Réponse : « On ne parle pas de ces choses-là en réunion ! ». Peut-être, mais plus nous nous connaissons, plus nous pouvons parler ensemble de ce qui fait le cœur de notre vie.
En France aujourd’hui, avec des étudiants, avec ceux qui sont en train de terminer leurs études et même avec ceux qui les ont terminées, une vraie question retient souvent notre attention : « Faut-il retourner au pays ? Ne serait-il pas mieux de rester ici ? ». Quand on connaît les difficultés de toutes sortes qui vous attendent au pays... la réponse n’est pas si simple. Ceci pour dire que les sujets de révision de vie ne manquent pas !
« Vivre avec », ici en France, c’est partager des joies, des soucis et des souffrances toujours compliqués du fait de la séparation d’avec la famille qui se trouve à des milliers de kilomètres. Vous êtes ici, votre jeune frère meurt au pays (à Abidjan)... Vous êtes ici, vous êtes camerounais, vous mourrez d’un cancer à l’âge de vingt-cinq ans, après une année de souffrances dans plusieurs hôpitaux parisiens... Patou habitait à Montrouge. Gabonais, membre de l’AJAF, il avait une cousine étudiante à Amiens. Je connais les parents de cette cousine. Ils se sont mariés aux Rois Mages. Lui, protestant, elle catholique, nous avons célébré le mariage religieux, de concert avec un pasteur de l’Eglise protestante. L’étudiante meurt à Amiens. Son père fait le voyage Libreville - Amiens. Le corps sera rapatrié sur le Gabon. Le retour est pour demain. Aujourd’hui, c’est Noël. Avec le papa, avec quelques amis de l’AJAF et d’autres, nous célébrons une messe le soir de Noël... Ce sont des Noël dont on se souvient !
Il faudrait aussi parler des mariages et des naissances. Plus la famille est loin, plus l’AJAF prend alors une autre dimension. L’Eglise - famille dont parle le Synode africain n’est pas un mot en l’air. En tout cas, je peux affirmer, en ce qui me concerne, que la JEC est devenue comme une seconde famille.
Un exemple encore, toujours en France. Je me souviens d’un été où nous avions vécu, en quelques jours, deux événements marquants. Pendant qu’elle se trouvait à Montréal, le père d’Angèle est décédé. Elle n’a pu revenir à temps pour l’enterrement. A quatre ou cinq, nous y sommes partis, dans le nord de la France, et nous sommes rentrés le jour même à Chevilly (banlieue de Paris), où le lendemain, nous étions tous présents pour le mariage de Didier et de Léa. Léa venait de Libreville et Didier arrivait de Québec. Ils avaient tenu à ce que je préside leur mariage religieux. Il faut dire que je connais Didier depuis 1973, quand il était petit Cœur Vaillant dans l’équipe des Aigles, au Pont d’Akébé. Comme le dit Georgette, qui était, elle, dans l’équipe voisine, l’équipe de la Gaieté : « nous avons grandi ensemble ». Passer de l’enterrement au mariage, et le lendemain, accueillir Angèle à Roissy, voilà encore des journées difficiles à oublier !
 
 

 
Didier et Léa
 
 
Les décès, les naissances, les mariages sont des événements qui marquent les membres de la famille. Plus prosaïquement, j’ajouterai que, au Gabon, à partir de 1973, j’allais en vacances dans les villages du Woleu-Ntem, chez les grands-parents de jécistes de Libreville.
                    
 
Difficile de vous décrire ici le goût des arachides grillées dans les cuisines des villages de cette région. Et les cannes à sucre que les mamans ramènent des plantations : en fin d’après-midi, c’est chaque jour le festival de cannes ! Traverser le Ntem à la nage, à Eboro, à la frontière Gabon - Cameroun, tomber en panne de voiture et attendre les secours toute une après-midi, en buvant le vin de palme avec le douanier, s’arrêter chez les uns et les autres, dans tous les villages, contempler le pont de Bollenzock, devenu infranchissable : impossible d’énumérer quantité de souvenirs de ces vacances en famille !
 
 
Le pont de Bollenzock
 
C’est la même grande famille JEC que je retrouve ici en France où j’ai la joie de rencontrer de temps en temps, les uns et les autres, chez eux. Vous n’imaginez pas comme le ndole est bon à Maubeuge, le poisson salé à Tours, le nkumu à Montpellier, les feuilles de manioc à Lyon, le poulet aux arachides à Cherbourg, le cochon de Mendouma Essangui à Toulouse, le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy), ou la Régab à Saint Etienne !
 
La Régab à Saint Etienne
 
 
 
 
Le poulet au nyamboué à Jarville (Nancy)
 
 
Avec ces nourritures terrestres, les nourritures intellectuelles ne manquent pas non plus. Les uns et les autres sont plongés dans les sujets les plus divers. Ca va des maquettes réalisées par le futur architecte aux recherches sur la conservation des mangues et des haricots verts à Dakar, en passant par l’élaboration de l’image du corps à l’adolescence ou la prévention des conflits en Afrique, sans oublier la qualité de l’eau des nappes phréatiques en dessous d’Abidjan !
 
 
A Jussieu, sujets divers et variés. Ce jour là :
la conservation des mangues à Dakar
 
 
 
Il m’est arrivé, depuis 1991, de retourner en Côte d’Ivoire, au Cameroun et bien entendu au Gabon. C’est encore en famille que je me retrouve alors : j’habite chez Lazare et chez Innocent à Brindoukrou ou à Abidjan, chez Solange et Marcel à Yaoundé, chez Nestor et Chantal à Libreville. La vie n’est certainement pas un long fleuve tranquille mais il y a tout de même de bons moments !
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Mercredi 30 août 2006
Chapitre 4
 
Faire l’unité en soi-même
 
Ce n’est jamais acquis, mais c’est une des choses que la JEC m’a apporté : faire un peu mieux chaque jour, l’unité entre la vie et la foi. Je disais plus haut : plus nous nous connaissons, plus nous pouvons parler ensemble de ce qui fait le cœur de notre vie. Quand une équipe de jécistes se retrouve, c’est essentiellement pour faire révision de vie. Apparemment, rien de bien compliqué, il suffit de voir, juger, agir !
Voir: c’est prendre le temps de faire un petit tour en arrière et de regarder les événements que j’ai vécus ces derniers temps, les rencontres que j’ai pu faire, les situations dans lesquelles je me suis trouvé. Chacun raconte aux autres quelque chose qui lui est arrivé, ou dont il a été témoin. Il vaut mieux ne pas être trop nombreux ! Heureusement, certains sont plus timides et n’osent pas trop parler, d’autres n’ont jamais rien vu, soit parce que l’on finit par s’habituer à tout et l’on ne remarque plus rien, soit parce que l’on sait qu’il faudra agir...
Le tour de table terminé, il faut faire un choix : en un laps de temps assez court, il ne sera pas possible de tout revoir. Il faut obligatoirement se limiter. Il suffit de se mettre d’accord pour retenir un des faits rapportés et il ne reste plus alors qu’à chercher ensemble les causes et les conséquences de cet événement. Et peut-être connaissons-nous d’autres faits semblables.
Juger: c’est prendre conscience du fait que le Christ n’est pas étranger à ce que nous sommes en train de vivre. Il est là : « j’avais faim et vous m’avez donné à manger... quand est-ce que nous t’avons vu... ? » (Matthieu 25). Le Christ est là. En relisant l’évangile, nous découvrons que ses paroles, que ses faits et gestes nous invitent à prendre à notre tour, telle ou telle attitude. Il ne s’agit donc pas de porter un jugement moral, de juger si c’est bien ou si c’est mal. Un enfant de 7 ans peut souvent le faire, tout seul, sans se retrouver avec d’autres... Il s’agit de se demander : et le Christ, que dirait-t-il ? que ferait-il ? Dans l’évangile, c’est souvent le monde à l’envers...
Agir: il faudra sans doute prendre son courage à deux mains pour intervenir au bon endroit (d’où la nécessité de chercher les causes), de façon à ce que le Règne de Dieu grandisse : règne de liberté, de justice, de paix, d’amour. Ici, la parabole des talents est toujours un bon stimulant.
En pratiquant la révision de vie, presque chaque après-midi, des années durant, je peux dire que la JEC m’a appris à faire chaque jour un peu mieux l’unité entre ma vie et ma foi. Rien n’est jamais parfait, mais c’est au moins la route sur laquelle j’essaye de marcher. La phrase du Christ que je répète le plus souvent : « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance » (Jean 10,10) brille pour moi comme un phare, surtout quand il fait nuit noire.
Il n’est pas toujours facile de discerner la volonté de Dieu, de voir ce qu’il y a de mieux à faire pour que son règne vienne. Agir pour que la vie triomphe pose quelquefois question. D’où l’intérêt de faire révision de vie à plusieurs. C’est le même Esprit de Dieu qui anime chacun des participants, mais chacun est aussi à même de dire un mot en fonction de son âge, de son origine, de son éducation, bref de sa personnalité. Quand le Christ nous dit : « Vous êtes la lumière du monde », chacun apporte sa part d’éclairage en apportant ses richesses propres.
La révision de vie peut porter sur des sujets qui vont paraître anodins. Elle peut aussi porter sur d’autres sujets plus tragiques. Il ne faut pourtant pas négliger les petites choses de la vie. Un jour, je vais rendre visite à un nouveau comité qui n’avait pas d’aumônier. C’était au Lycée Technique de Libreville. Des internes avaient décidé de constituer un comité. La réunion était commencée. Première étape : Voir. Personne n’avait rien vu ! Je n’ai pas eu de mal à leur faire remarquer qu’ils étaient en train de faire réunion dans une salle de classe où l’on ne voyait presque plus le sol tellement il était recouvert de papiers ! J’ai oublié la suite !
Plus compliqué : en 1991, je me suis retrouvé en France, éjecté de la paroisse des Rois Mages où je venais de passer vingt ans. Ejecté « ane mvu » ont dit des fangs. Je croise un ami spiritain dans un couloir. Il venait d’apprendre ce qui m’était arrivé et me dit avec un petit sourire : « C’est la volonté de Dieu ». Quelques instants après, je rapporte cette réflexion à un ami gabonais qui était avec moi. Et celui-ci de rétorquer : « on a un peu forcé la main de Dieu ! » Pas toujours facile d’y voir clair...
Avec l’AJAF, chaque année, lors d’un week-end de récollection (temps de réfl